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Un film de Jean-Marc Moutout (France- Belgique)

" De bon matin" Sortie en salles le 5 octobre 2011

Comme tous les matins depuis des années, Paul Wertret se rend à la Banque Internationale de commerce et de Financement, où il est chargé d’affaires.
Il pénètre dans la salle de réunion et, muni d’un revolver, abat froidement ses deux supérieurs hiérarchiques.
Après quoi, installé dans son bureau, il attend l’arrivée des forces de l’ordre.
Cet homme à la vie familiale sans histoires, dont les qualités professionnelles ont été longtemps reconnues, revoit dans l’intervalle des pans de sa vie et le déroulement des événements qui l’ont conduit à cet acte extrême.
Jean-Marc Moutout s’est inspiré d’un fait divers survenu en 2004. N’ayant pas réussi à connaître les raisons qui avaient poussé un homme de cinquante ans à commettre un double meurtre sur les personnes de ses supérieurs plus jeunes que lui, il a imaginé un scénario qui n’est sans doute pas éloigné de la réalité des faits.

Le fait divers s’est produit avant la crise financière de 2008 et avant les premiers suicides chez Orange. Moutout travaillait sur le scénario quand les événements sont survenus. S’il s’est alors trouvé pris en otage par l’actualité, il ne pouvait nier la concordance des faits d’actualité et la perte de sens qui gangrenait un peu partout le monde du travail.
Du jour au lendemain, avec l’arrivée d’un nouveau responsable fraîchement diplômé, jeune et ambitieux, Paul est nié par ce qu’il a construit. Le métier qu’il a aimé, où il a fait ses preuves, longtemps obtenu des résultats qui ont été reconnus par la Société, qui lui a procuré un bel épanouissement professionnel, lui échappe subitement de toutes parts.
La dénégation de ce qu’il a été est d’autant plus violente qu’elle contraste avec une ambiance en apparence chaleureuse où le tutoiement est de rigueur entre les cadres supérieurs et les employés subalternes, afin de donner l’illusion qu’une solidarité et qu’un travail d’équipe en toute harmonie sont la règle d’or...
Le film décrit avec beaucoup de subtilité les manœuvres souterraines qui travaillent à écarter un collaborateur soudain devenu persona non grata..
L’isolement de Paul, décidé par ses supérieurs, se fait de façon sournoise, selon les règles de la douche écossaise au cours d’entretiens cordiaux précédant un courrier par lequel il apprend qu’on le déleste d’une partie importante des dossiers dont il avait la charge au prétexte que ses qualités professionnelles feront merveille ailleurs, dans un secteur inférieur.
Le mécanisme des manœuvres devient une véritable technique, un enchaînement huilé de brimades, sorte de toile d’araignée où la victime est prise sans que rien du danger qui la guette ne lui échappe.
L’impuissance de Paul face à une situation qui réduit le champ d’une éventuelle réplique aurait pu, tout aussi bien le conduire au suicide mais l’acte qu’il décide de commettre prolonge en quelque sorte l’intégrité de son personnage profondément épris de justice.
Jean-Pierre Darroussin compose un Paul Wertret magistral, soudain égaré dans le domaine familier de son travail et qui tente de garder la tête hors de l’eau. Xavier Beauvois et Yannick Renier, chacun dans son registre, sont des "faux culs" très convaincants.
Un film parfaitement construit sur un sujet d’actualité brûlant.
Francis Dubois

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