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Un film d’Eric Pittard (France)

"De l’usage du sex toy en temps de crise" Sortie en salles le 22 mai 2013

Éric est reporter et documentariste. Il a filmé les combats sociaux et les luttes. Il partage sa vie de voyageur avec Leïla, mais tout bascule le jour où, à la suite d’un malaise, les médecins diagnostiquent chez lui un cancer du sang.

Cet homme actif, impatient, curieux de tout, va devenir un patient cloué sur un lit d’hôpital. Des séances de chimiothérapie et une greffe de moelle osseuse vont lui permettre de reprendre une vie au ralenti auprès de Leïla.

Dans une des premières scènes du film, Éric présente d’une main un sex toy (la maladie et le traitement ralentissent ses capacités sexuelles) et de l’autre une bobine de pellicule de film (le moyen qui va lui rester pour garder un contact avec sa vie professionnelle passée, sa vie tout court).

Il n’y a chez cet homme diminué par la maladie, qui se bat au quotidien et garde en réserve une bonne dose de fatalisme, aucun apitoiement sur lui-même, aucune complaisance, même s’il ne dissimule pas ses moments de déprime. Des baisses de moral ponctuelles qu’il assume avec la même vitalité qu’il ajoute à l’espoir qu’un jour il pourra se tirer d’affaire.

C’est cette vitalité qu’il exprime également sans exagération ni démonstration, qui donne au personnage sa valeur d’être humain combatif et brave, bien qu’il se sache en perpétuel danger.

Éric parle de sa maladie aussi frontalement que le médecin à l’hôpital quand, au pied de son lit, elle lui a annonce sans précaution le résultat de ses examens.

Souvent, Éric s’adresse au spectateur pour se confier, faire amende honorable de ses faiblesses passées, de ses inhibitions dès qu’il s’agissait de dévoiler ses sentiments, de tout ce qu’il a tu ou laissé passer, au temps où tout était possible.

D’autres fois son esprit s’évade et il revoit des extraits des reportages qu’il a réalisés à l’étranger, dans des pays en guerre.

Des images d’archives surviennent. Elles évoquent toutes des images relatives au corps comme cette scène où sont filmés des mineurs qui se douchent et se lavent mutuellement.

On dirait que parfois Éric Pittard brouille les pistes pour s’éloigner lui-même ou éloigner le spectateur un moment de cette maladie qui le ronge et dont il ne sait pas, d’elle ou de lui, qui aura le dernier mot.

Les scènes de couple avec sa compagne sont autre chose. Elles sont à la fois très réalistes et très mises en scène. La maladie n’exclut pas les conflits ni même les relents de jalousie quand Éric demande à sa compagne de lui lire la lettre d’une femme qu’il a connue autrefois et dont le souvenir est resté présent.

"De l’usage du sex toy en temps de crise" est un titre moqueur qui reflète bien tout ce que le film contient de pudeur et de provocation, d’espièglerie au sein même du drame.

C’est un film sur la vie alors que la mort rôde.

C’est un regard sur soi-même dans une situation extrême.

Éric Pittard a été formé à l’Idhec. Il y a été nourri des documentaires de Jean Rouch et de Chris Marker…

Francis Dubois

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