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Un film de Jacques Audiard (France)

"De rouille et d’os" Sortie en salles le 17 mai 2012

Et si Jacques Audiard, dont on dit sur tous les tons qu’il est un de nos plus grands cinéastes actuels, n’était devenu, avec son nouveau film, qu’un faiseur d’images, tellement soucieux d’apparence qu’il en oublierait presque que sa réalisation repose sur une histoire, et pas n’importe laquelle, un mélodrame, et sur des personnages pathétiques.
Ce serait injuste d’aller jusqu’à dire que l’histoire est négligée et que le contour des personnages n’est pas respecté, mais l’image qui enveloppe le récit est tellement sophistiquée, tellement ampoulée, tellement soucieuse de ne rater aucun effet, aucun scintillement à la surface de l’eau, aucune occasion de surexposer un plan ou d’aller au plus près des visages qu’elle finit par les effacer.

Ali est un cabossé de la vie. Il se retrouve un jour renvoyé à la case départ, flanqué de son fils Sam, un gamin de cinq ans. Ali est un instinctif peu attaché aux règles, une sorte de gladiateur moderne complètement vacant. Souffre-t-il d’un manque aigu de maturité ? N’a-t-il jamais appris faute de savoir apprendre, faute d’avoir un cerveau assez docile, assez réceptif à la connaissance ?
Après avoir confié son fils à sa sœur, caissière dans un supermarché, il trouve sa voie dans des combats clandestins offerts aux paris et en rentrant au service d’un douteux marchand de systèmes de surveillance.
Videur de boîte de nuit à l’occasion, il rencontre Stéphanie dresseuse d’orques dans un Marin-land de la côte d’azur qui du jour au lendemain, à la suite d’un accident de travail, se trouve privée de ses deux jambes. Ali le rustre, celui qui fait l’amour comme un animal, qui semblait dénué de toute sensibilité s’attache à Stéphanie, la fille en fauteuil roulant, devient son ami et accepte de lui faire découvrir que la perte de ses jambes ne l’a pas privée du plaisir de faire l’amour.
Le sujet est beau et captivant. Les personnages sont vrais et touchants. Ils sont servis par des comédiens hors pairs qui sont épatants à chaque fois que l’image envahissante et chichiteuse leur laisse un peu d’espace pour exister.
Ivre de son succès, de sa réputation de cinéaste de haute volée, Jacques Audiard qui reste ici maître dans la construction du récit et dans la direction d’acteurs, s’égare tout à coup dans une fabrication du beau et se gâche avec une abondance de poudre aux yeux. Et à chaque fois qu’il oublie d’être "scintillant" on prend la mesure de ce qu’aurait pu être "De rouille et d’os" avec une image mieux contenue.
Là où son sujet aurait tellement gagné à être traité avec sobriété, il laisse divaguer une caméra ivre et, du coup, soucieux de nous gaver du blanc des frimas, il passe à côté d’une scène de combat avec la glace, qui au lieu d’être un moment fort du récit, laisse "froid", et ne produit aucune émotion.
Il faut en arriver au coup de téléphone final dans les couloirs de l’hôpital, pour que, s’intéressant enfin de nouveau à son personnage, il nous émeuve.
Attention ! Pas chef-d’œuvre !
Francis Dubois

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