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Un film de Jean-Claude Rousseau (France)

"De son appartement" Sortie en salles le 1er décembre 2010

Que faut-il lire entre les lignes des courts extraits de "Bérénice" qu’on entend, entre les images qu’on voit, des plans fixes dont certains sont d’une très grande beauté. Quel rapport existe-t-il entre le texte de Racine, les déambulations d’un homme dans son appartement dont les fenêtres donnent sur une artère de la ville où les marronniers sont en fleurs ? En existe-t-il entre le texte de Racine, les images qu’on voit, les lumières travaillées et ce soudain tcha tcha tcha que dansent des couples, de nuit sur une jetée et que reprend seul, plus tard, le personnage de l’homme dans son appartement ?
"L’invention consiste a faire quelque chose de rien" prévenait Racine dans la préface de Bérénice et c’est sur cette idée que Jean-Claude Rousseau, qui réalisa en 1989 son magnifique et esthétique "Les antiquités de Rome", construit son nouveau film et en fait une œuvre essentiellement picturale. L’image naît d’un cadrage qui s’impose plutôt qu’il n’est pensé. Elle est éphémère, disparaît, laisse place à une autre qui lui succède. Et plutôt que l’image quelquefois confrontée à une pénombre qui gomme les contours, on retient la lumière qui l’a éclairée…

Les couleurs sont fanées, les murs abîmés, la moquette en mauvais état comme l’est le fauteuil affaissé qui sert de siège au lecteur. Tout ce qui apparaît semble marqué par l’usure du temps. De même le classique Larousse que le personnage tient dans sa main, dont les pages jaunies semblent sur le point de se détacher de la reliure.
Les pas de l’homme, ses allées et venues, ses passages d’une pièce à l’autre, sont-il une errance désespérée ou au contraire la simple réponse aux exigences domestiques immédiates ? Ce lieu ordinaire est-il habité par le personnage ou par l’amour sacrifié de Titus à Bérénice ?
Jean-Claude Rousseau lit, chez lui, Bérénice en solo tout en se livrant aux actes ordinaires de la vie, par exemple la réparation laborieuse d’un robinet de lavabo grippé par le tartre avec des gestes qui, à force de se répéter, prennent une dimension cocasse.
Le spectateur de cinéma amateur de mouvement et de rebondissements, celui pour qui film est synonyme d’action et de récits haletants ne trouvera pas son compte avec le film de Jean-Claude Rousseau. Celui qui, au contrainte, est intéressé par des formes nouvelles, qui pense que la simplification de l’action, l’effacement du narratif dans sa forme habituelle peuvent le conduire à d’autres émotions, au plaisir de l’œil, trouvera dans le bercement des images, la curiosité d’un nouveau plan inventif, une rupture de ton électrisante, et aura le choix entre le ravissement passif ou un questionnement à perte de vue.
Francis Dubois

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