Actualité théâtrale

à l’Usine Hollander

"Deadline" Du 5 au 15 décembre, puis du 10 janvier au 2 février

Aucun de nous ne peut rester insensible à la question du temps. Tantôt nous souhaitons l’accélérer pour échapper à des moments ou à des âges difficiles, tantôt nous aimerions le ralentir. Notre monde privilégie la vitesse, nous sommes toujours soucieux de ne pas perdre de temps et en même temps pouvoir prendre son temps devient un luxe. Notre vie est contrainte par des horaires, le temps nous mène inexorablement vers la vieillesse et la mort. Alors on rêve de lui échapper, de l’arrêter.

Sur ces réflexions, Patrice Bigel a construit avec l’équipe de son précédent spectacle une pièce de théâtre-danse. Les chorégraphies qu’il a imaginées avec ses cinq acteurs-danseurs se sont « frottées » aux textes écrits par Alison Cosson, à la scénographie et au travail sur la lumière imaginés par Jean-Charles Clair et à celui sur le son de Julie Martin.

Sur la scène peu éclairée, une femme, debout devant un phonographe sur lequel gratte un vieux 78 tours des Pêcheurs de perles, semble battre la mesure. Peu à peu les autres danseurs la rejoignent, les mouvements des bras s’accélèrent puis, quand le disque ralentit, ils se soumettent au temps et le suivent. Les passages dansés alternent avec des textes, emplis de petites notations qui mettent en regard la petitesse des temps humains face aux temps géologiques. Une vidéo en fond de scène évoque un mille-feuille de roches aux couleurs plus ou moins vives. La musique de Steve Reich rythme les gestes des danseurs, qui marchent, courent, se croisent, basculent puis se redressent. Cela va parfois si vite qu’on est au bord du vertige et pourtant tout est si précis que c’est parfait. Á la fin la poésie l’emporte. Une grosse boule roule vers nous prête à nous écraser. Tantôt un danseur l’arrête, tantôt il la chevauche ou son corps l’accompagne. On ne peut arrêter le temps, mais on peut s’en accommoder.

Il y a quelque chose de magique dans le travail que propose, dans Deadline, la Compagnie La Rumeur et on reste ébloui par la virtuosité de l’ensemble.

Micheline Rousselet

Du 12 au 15 décembre, puis du 10 janvier au 2 février à 20h30, le dimanche à 17h (jours à vérifier par téléphone)
Usine Hollander
1 rue du Docteur Roux, 94600 Choisy-le-Roi
Réservations : 01 46 82 19 63
Compagnielarumeur.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)