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Un film de Vincent Dieutre (France)

"Déchirés /Graves" Sortie en salles le 12 juin 2013

Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Bretagne à Rennes qui suivait depuis longtemps le travail de Vincent Dieutre, lui a proposé de travailler avec huit apprentis- acteurs, élèves à l’École du TNB.

Le projet n’était pas de les amener vers une fiction traditionnelle ou la dimension auto-fictionnelle proche du documentaire, genre privilégié du réalisateur, mais de faire participer les huit étudiants à une expérience où ils ne venaient pas apprendre à faire l’acteur au cinéma mais à repenser les notions de récit, de jeu, d’interprétation ou tout simplement "d’invention de soi" devant une caméra.

Si les acteurs de "Fragments" , un des films précédents de Vincent Dieutre, Mathieu Amalric ou Eva Truffaut étaient essentiellement des lecteurs, les étudiants de "Déchirés/graves" ont, eux passé une première semaine à écrire les huit rôles dont ils allaient s’emparer en puisant dans la télé-réalité la plus trash et en les réinscrivant dans la réalité rennaise qui est la leur.

Une deuxième semaine leur a été nécessaire pour répartir les caractères et les interpréter devant la caméra en évitant d’être dans l’ironie ou dans un réalisme social.

C’est ainsi que, "déchirés" ou "graves", sont nés, redéployés dans le Rennes d’aujourd’hui, assis face à la caméra de Vincent Dieutre qui les interroge, dans une petite salle de répétition du TNB : un contre-ténor tourmenté, une gothique arrogante, un masseur-prostitué, un gay qui se marie…Il est passionnant d’observer la façon dont chaque personnage trouve (ou construit) son "authenticité".

Vincent Dieutre est un cinéaste urbain et avec quelques plans en apparence ordinaires, il fait exister la ville et dresse ainsi le décor général de son film.

La scène où sa caméra patiente, attend que se regroupent les huit étudiants avant de rejoindre la salle de répétition où ils vont entamer le travail, apparaît comme un moment volé pas seulement aux personnages, mais à la ville.

Le lieu de rendez-vous, disposé en recoin, paraît être (de façon fugitive) au centre du monde et son existence presque secrète donne sa coloration au film.

Il flotte au-dessus du film de Vincent Dieutre une sorte de grâce cinématographique dont on pourra se demander longtemps d’où elle provient.

On se posera la question jusqu’à ce que l’évidence survienne : le grand talent d’un cinéaste exigeant qui a peut-être fait le choix de rester dans l’ombre..

Francis Dubois

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