Conseil supérieur de l’éducation

Déclaration du SNES-FSU et de la FSU au CSE du 6 février 2019

DECLARATION SNES-FSU

Bonjour,

Nous profiterons de cette séance pour pointer plusieurs éléments concernant la préparation de la prochaine rentrée scolaire.

Rentrée en collège :

Les collèges ont reçu leur dotation horaire globale pour la rentrée 2019. Elles sont en diminution drastique dans la plupart des académies, et les stocks d’heures supplémentaires ont augmenté au-delà du raisonnable. Certains enseignants se verront envoyés en complément de service alors même que leurs collègues de même discipline devront effectuer des heures supplémentaires en nombre sans être volontaires.

Pour la rentrée 2019, les coupes budgétaires sont aussi au menu des structures SEGPA : cela entraînera des suppressions de postes, des groupes d’élèves plus nombreux en atelier et la multiplication des Sixièmes SEGPA en fonctionnement inclusif. La circulaire de 2015 permet l’inclusion des Sixième en classe ordinaire sans l’imposer. Les retours sur ce type de fonctionnement montre la souffrance générée pour les collègues spécialisés, qui doivent suivre les élèves de SEGPA sur plusieurs classes et pour les élèves qui ne sont donc pas systématiquement accompagnés. Cette inclusion augmente encore les effectifs des classes pour les enseignants de collège.

Les conditions de rentrée en lycée

A l’heure où tous les lycées se débattent avec des moyens réduits pour préparer la prochaine rentrée, alors que la publication des programmes confirme les partis pris inacceptables du ministre, et que rien n’est précisé sur les épreuves du bacs, dont certaines devraient avoir lieu dès l’an prochain, les collègues attendent des mesure fortes qui contribuerait à aplanir ces difficultés.

Car les faits sont têtus et les remontées académiques font partout état d’une réduction de l’offre de formation, encore à l’état d’affichage d’ailleurs, les établissements sont contraints à des arbitrages douloureux entre options et effectifs réduits.
Certains enseignements comme L’ETLV ne sont pas toujours financés dans les DHG, les options lourdes de seconde sont en difficultés. On voit en clair une des préversions majeures de la réforme : choisir entre étendue de l’offre de formation et qualité des conditions d’enseignement.
La prise en charge de SNT, nouvel enseignement obligatoire en Seconde, pose des problèmes important de formation.

Lancement de parcours sup

La procédure parcoursup vient d’être relancées alors que la majorité des questions qui avaient été posée l’an dernier, en particulier sur la transparence des algorithmes ne sont pas réglées. Je pense particulièrement à l’intervention du défenseur des droits.
Et en effet, actuellement les Journée portes ouvertes ont lieu dans les établissements de l’enseignement supérieur. C’est un moment d’échange important entre les familles, les lycéens et les équipes pédagogiques. Force est de constater que le familles et des lycéens sont inquiet et que leur stress est palpable lors des échanges.
Rien n’a été fait pour rendre parcoursup an II moins anxiogène !
Nous profitons de ce CSE pour réitérer notre demande de publication des algorithmes locaux indispensable à la bonne orientation de nos lycéens et pour protester contre la prise en compte du lycée d’origine dans le tri des dossiers de candidatures.

Des profs principaux en limite de rupture

Que ce soit pour aider les élèves de Troisième à choisir leur lycée, de Seconde à faire leur choix d’enseignements de spécialités en première, ou d’accompagner ceux de Terminale dans la procédure Parcoursup, les enseignants et les psychologues de l’EN sont sommés de donner des informations parfois contradictoires, peut stabilisées, et qui engagent l’avenir de leurs élèves. Cette pression supplémentaire, en plus de celles inhérentes à l’exercice de leur métier, n’est évidemment pas acceptable. Les collègues n’en peuvent plus, cela impacte jusqu’à leur santé. Il n’est pas étonnant que dans cette situation de nombreux professeurs principaux démissionnent de cette mission. Il faut voir ce phénomène comme révélateur d’une réelle difficulté professionnelle qu’il serait gravissime d’ignorer.

Le projet de loi « Pour une école de la confiance » et la création d’établissements des savoirs fondamentaux en commission de l’AN.

Alors qu’aucune expérimentation d’école du socle n’a fait l’objet d’une évaluation, le législateur prévoirait des « établissements publics des savoirs fondamentaux » qui compliqueraient le fonctionnement des vies scolaires et faciliteraient les services partagés primaire-collège, les regroupements de niveaux, la bivalence… Loin d’être des innovations, il s’agit d’une modification profonde du système scolaire et d’une mise en cause le statut des enseignants pour construire, sur fond d’économies budgétaires, une école inégalitaire dont les élèves des espaces isolés et des milieux populaires feront les frais par manque d’ambition de l’Etat.

AESH

Ce jour, les AESH sont mobilisés pour leurs conditions de travail et leur salaire, à l’appel d’une intersyndicale large. Alors que le Ministre de l’Éducation nationale et la Secrétaire d’État aux personnes handicapées doivent clôturer lundi prochain la consultation « ensemble pour une école inclusive », nous ne pouvons que nous inquiéter : les AESH ne sont pas parties pour une amélioration de leur métier et de sa rémunération, et les grands absents de l’école inclusive sont les enseignant-es, mêmes pas concertés ! Une fois de plus, une consultation au mépris des personnels et de leurs représentants.

Orientation information

Les projets de convention-type et de cadre national de référence répartissant les compétences entre l’État et les régions pour l’information sur les formations et les métiers ne respectent pas le texte de loi qui ne confie aux régions que information et non l’orientation. Ils ont été transmis aux recteurs avec demande d’application avant même la publication des textes. Ceci est très préoccupant lorsque les éléments de cadrage ne respectent pas la loi.

Déclaration SNES-FSU

DECLARATION FSU

Non, M. le ministre, la confiance ne se décrète pas. Mais si j’osais, je commencerai cette déclaration en disant que la confiance, c’est comme l’amour : Il n’y a pas de confiance, il n’y a que des preuves de confiance. Et en ce que vous concerne, les preuves de confiance sont pour l’instant bien minces. Depuis que vous êtes en responsabilité à ce ministère vous avez fait preuve, c’est le moins que l’on puisse dire, de peu de sincérité.

Alors que vous aviez promis de ne pas tout refonder, de ne pas tout transformer, aujourd’hui, la réalité des reformes que vous mettez en place contre l’avis des personnels redessinent en profondeur notre système éducatif.

Votre projet de loi « Pour l’école de la confiance », ajouté aux différentes mesures déjà prises de la maternelle au collègue et aux reformes du lycée, du baccalauréat et de l’enseignement professionnel organise l’école de la concurrence à tous les niveaux, concurrence entre les élèves, concurrence entre les professeurs et demain entre les établissements. Elle développe ainsi le tri et la sélection des élèves, ce qui nous le savons augmentera à terme les inégalités scolaires. C’est donc bien une politique éducative rétrograde et libérale qui se met progressivement en place sans prendre en compte ni les acteurs de terrain, ni les organisations syndicales.

Votre projet de loi illustre bien, tant sur le fond que sur la forme, votre méthode autoritaire pour transformer l’école.

Alors que les organisations syndicales n’ont pas été écoutées lors du vote du texte en CSE et de sa présentation au CTM, nous pouvons observer qu’il en est tout autrement pour les amendements proposés par les parlementaires. Ainsi l’amendement proposé à l’article 6 prévoit de créer « des établissements des savoirs fondamentaux » : une école du socle qui cache bien son nom et qui souhaite regrouper sous une même unité, écoles et collèges d’un même bassin.

Pour la FSU, il n’est pas possible que la mission de l’école soit réduite à la portion congrue des fondamentaux bien loin de satisfaire les exigences nécessaires à la formation des futurs citoyens. Modifier ainsi l’organisation et le fonctionnement des écoles ne peut s’envisager d’une manière aussi cavalière au détour d’un amendement mais nécessite une véritable concertation. Enfin, il ne pourrait être question de rompre le lien de proximité, et de confiance, entre la direction d’école, les familles et les équipes enseignantes et de modifier ainsi d’un trait de plume l’organisation territoriale de la scolarité primaire. Par ailleurs, en quoi cela répondrait à une amélioration du fonctionnement de l’école et du collège et quels en seraient les intérêts pour les élèves de la maternelle à la troisième ?

De même, vous assurez que le CNESCO sera maintenu. C’est une bonne nouvelle mais nous avons besoin de réponses explicites et transparentes sur les conditions précises du maintien du CNESCO pour le garantir dans la loi. Il est important que vous nous donniez des éléments sur les conditions,les moyens qui vont dans ce sens. C’est tout l’objet du courrier que vous ont adressé des membres du CSE.

Et que dire en terme de confiance, des modifications du code de l’éducation introduite par la loi« Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui n’ont fait l’objet d’aucune concertation avec les acteurs de l’école. Ainsi, ce n’est pas moins de sept articles de cette loi, pilotée par la ministre du travail qui impactent l’ensemble du système éducatif :
- L’introduction des classes de troisième prépa-métiers qui préparent certains élèves de collèges à aller en apprentissage,
- La modification du contrôle pédagogique de l’apprentissage qui est transféré en partie aux branches professionnelles,
- La reconnaissance des « écoles de production » qui pourront bénéficier d’un financement public,
- La redéfinition complète de la procédure de création et d’enregistrement des certifications professionnelles avec une réforme des CPC qui exclue les enseignant-es. (quid de la consultation du CSE sur les référentiels de diplômes)
- et la dérégulation de l’offre de formation qui organise la concurrence entre organismes de formation et lycées professionnels publics.

Et Vous continuez à vouloir imposer les bonnes méthodes et pratiques à l’ensemble des enseignant-es. Dans le premier degré, la deuxième phase d’évaluation CP est en cours, certains enseignants ont décidé de ne pas faire passer ces évaluations qui ne servent ni aux élèves ni aux enseignants répondant ainsi à une consigne de plusieurs organisations syndicales. Ces enseignants proposent d’autres évaluations, adaptent leurs enseignements, ont une grande conscience professionnelle et une grande expertise. Loin des discours rassurants comme ceux entendus au ministère le 22 janvier en présence du conseil scientifique, ils subissent des pressions pour faire une tâche qui n’a pas de sens et ne s’inscrit ni dans leurs progressions ni dans leurs programmations. Est-ce vraiment faire confiance aux enseignants que de les contraindre à faire passer des évaluations qui s’inscrivent artificiellement dans le travail de la classe ?

La rentrée 2019 se prépare dans l’ensemble des établissements où les enseignant-es sont mis sous pression par des reformes mal pensées et par votre politique de suppression de postes. C’est encore les élèves les plus fragiles qui payeront l’addition. On le voit d’ailleurs déjà dans les choix budgétaires opérés par les académies où, par exemples, les SEPGA payent pour cette année une part importantes les suppressions de postes chez les professeurs de lycée professionnel.

Dans le premier degré, les créations de postes ne suffiront même pas à dédoubler toutes les classes de CP et CE1 en éducation prioritaire et les effectifs resteront pléthorique dans les autres classes.

Dans le second degré, vous imposez pour la rentrée de 2019 suppressions de postes, fermetures de CIO, manque de moyens dans les vies scolaires, réformes des lycées et du bac, avec un programme insatisfaisant et mis en place dans la précipitation.

En cette préparation de rentrée, les rectorats essaient par tous les moyens de récupérer des moyens sur le dos des élèves en dehors de tout cadre règlementaire et en total contradiction avec le discours ministériel.

Dans les lycées, les projets d’implantation des spécialités montrent une cartographie profondément inégalitaire de l’offre de formation. Des territoires entiers voient l’accès aux enseignements se restreindre. Les établissements ruraux, de villes petites et moyennes et de banlieue sont les plus durement touchés.

Dans la voie professionnelle, la mise en concurrence de la voie scolaire et de l’apprentissage, les secondes "familles de métiers", la réforme du bac Gestion Administration sont autant de mesures qui font peser de graves menaces sur l’offre de formation professionnelle.

La FSU dénonce la baisse de l’offre de formation et la dégradation des conditions de travail et d’études qui se met en place pour la rentrée prochaine.

M. le Ministre, l’écart entre vos paroles rassurantes et vos actes nourrit jour après jour la colère des personnels sur fond d’austérité salariale, de menace sur le statut et attaques contre l’ensemble des salariés. Une école aux méthodes désuètes, un collège préparant le tri-social des élèves, un lycée organisé pour renoncer à la démocratisation, un enseignement supérieur public sélectif pour les« méritants » voilà le vrai visage de votre politique ministérielle. Mais il est vrai M. le Ministre que « la sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens, et celle que l’on voit d’ordinaire n’est qu’une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres (François De la Rochefoucauld) ».

Déclaration FSU

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