Actualité théâtrale

au théâtre de La Colline

"Déjà là" Jusqu’au 18 février

Une soirée arrosée entre amis. Ils sont quatre, ont tout juste dépassé la trentaine et se considèrent comme une « génération abîmée », ils sont perdus, bourrés de références intellectuelles, mais impuissants. Une scène résume bien la situation : un garçon fait les pieds au mur, tandis qu’une fille lui demande « Qu’est-ce que tu fais ? », il répond « Je réfléchis » et elle dit « Tu es sûr que tu es dans le bon sens ? » Le groupe se disloque avec le départ d’une fille puis d’un garçon qui part à sa recherche. Reste un couple, qui cherche à avancer à deux au milieu du chaos ambiant. Au petit matin, le groupe se reforme et cherche, peut-être, à faire face à l’avenir. « Ensemble, c’est vite dit, mais à faire ? »

Le projet a démarré avec une série d’entretiens, auprès de jeunes gens nés dans les années 70, sur des questions ouvertes du genre : qu’est-ce que le bonheur pour toi ? comment te débrouilles-tu avec la vie ? A partir de ces entretiens, Arnaud Michniak, l’auteur et Aurélia Guillet, la metteuse en scène ont lancé les acteurs dans des improvisations qui ont abouti à Déjà là. Le texte s’attache à une génération perdue entre les utopies défuntes de la génération précédente et l’angoisse d’un monde où ces jeunes gens n’arrivent pas à se situer. Ils ont envie d’agir mais ne sont pas prêts à s’engager, ils ont envie de collectif mais sont coincés dans un individualisme jouisseur, ils ont l’impression d’être lucides mais n’arrivent ni à se résigner ni à se révolter. Pour eux la politique est devenue un monde qui leur est étranger, elle les a trompés. Ils se disent vivants mais perdus, ils sont enfermés dans leurs amours leurs amitiés, ils savent à peu près à quoi ils s’opposent mais pas à quoi ils aspirent.

Á l’image du texte qui cherche à « utiliser les mots davantage pour révéler quelque chose que pour dire quelque chose », la mise en scène crée des situations un peu étranges où une certaine violence dans les rapports des personnages exprime leur difficulté à se situer les uns avec les autres, à penser leur situation. Alors qu’ils sont, comme ils le disent, bourrés de références, ils expriment une méfiance à l’égard du langage. Leur fragilité et leurs déséquilibres on les trouve dans leurs mots mais aussi dans les positions qu’ils adoptent, sur des chaises en équilibre, la tête en bas. Les éclairages subtils accompagnent cet « au bout de la nuit sans grand espoir ». Les quatre acteurs, Maud Hufnagel, Judith Morisseau, Laurent Papot et Hakim Moratif ont la violence et l’intensité de leurs personnages.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h
Théâtre National de La Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52
www.colline.fr

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