Actualité théâtrale

Théâtre La Boutonnière jusqu’au 27 octobre 2012

"Déjeuner chez Wittgenstein" De Thomas Bernhard, mise en scène Habib Naghnouchin

Le théâtre la Boutonnière vient juste de rouvrir après un an et demi de travaux, pour une nouvelle saison de quatre créations. Celle que Habib Naghnouchin et sa compagnie (le Groupe de Créations Théâtrales, créé en 2003) nous proposent actuellement est une mise en scène du "Déjeuner chez Wittgenstein" que Thomas Bernhard avait écrite entre comédie et tragédie, pour ses trois acteurs fétiches et en hommage à son ami Paul Wittgenstein, neveu de Ludwig, le philosophe, longtemps resté interné.

A Vienne, deux sœurs entre deux âges s’apprêtent à fêter le retour à la maison de leur frère qui réapparaît au terme d’un long séjour en hôpital psychiatrique. L’aînée s’affaire avec fébrilité. Elle a laissé en stand-by sa carrière de comédienne pour taper à la machine les écrits philosophiques de son cadet. Elle sort du buffet la nappe brodée et les couverts des grands jours, veut que tout soit parfait et que rien ne soit laissé au hasard pour ce retour tant attendu. La benjamine, également comédienne, est plus réservée à propos de ces retrouvailles.

Photo Laurencine Lot

Cette nouvelle rencontre entre les deux sœurs et le frère, peut-être celle de la dernière chance, est un échec et chacun y a sa part de responsabilités. L’un pour être fantasque et échapper à toute emprise affective, l’autre pour se montrer trop précautionneuse et possessive et la troisième, peut-être pour avoir été trop lucide et avoir fait preuve de trop de détachement.

Avec ce huis-clos familial d’une cruauté souterraine, Thomas Bernhard fait remonter à la surface tous le secrets d’un passé douloureux, toutes les dissonances intimes et les anciennes rancœurs en jouant sur deux tonalités contrastées, le tragique et la drôlerie, l’un et l’autre volés à un quotidien presque ordinaire. Au passage, le dramaturge, en réglant ses comptes avec la famille, porte un regard sans concessions sur l’Autriche, le théâtre, la peinture ou la philosophie.

Cette cruelle "symphonie en chambre" où se côtoient la folie, (celle de la démence et celle de la sagesse), la mise en scène de Habib Naghnouchin nous la livre avec un dosage délicat qui nous fait à la fois prendre en compte la cruauté des situations et rire. Il est magnifiquement épaulé, dans son travail tout en nuances par une distribution magnifique qui fait des répliques et des silences, des affrontements ou de simples échanges de regards, des moments d’émotion. C’est souvent sur d’infimes détails que fonctionne ce spectacle. Une des belles réussites de ce début de saison.

Francis Dubois

Théâtre de La Boutonnière 25 rue Popincourt 75 011 Paris
Réservation 01 43 55 05 32 / theatre@laboutonniere.com

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