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un film écrit et réalisé par Amy Berg

"Délivrez-nous du mal" sortie en salles le 2 avril

Le père Oliver O’grady est le plus tristement célèbre pédophile de l’église catholique moderne. Au début des années soixante dix et pendant vingt années, se servant de sa position d’ecclésiastique, de son talent de prédicateur et de son dévouement, il a pu tromper de nombreuses familles pour les approcher et abuser sexuellement et psychologiquement de dizaines d’enfants, filles et garçons de tous âges -la plus jeune de ses victimes avait seulement 9 mois-.
Dénoncé à plusieurs reprises, il a, à chaque fois été couvert par sa hiérarchie soucieuse d’éviter tout scandale. Après chaque dénonciation, le prêtre était déplacé dans une autre paroisse où il pouvait à nouveau, usant des mêmes techniques de mise en confiance, multiplier ses activités criminelles.
La documentariste Amy Berg a longtemps axé son travail sur les scandales de la pédophilie dans l’archidiocèse de Los Angeles. Elle y a détecté plus de cinq cents cas, a rencontré à plusieurs reprises le Cardinal Roger Mahony ainsi que les prêtres qui, sous sa juridiction ont abusé d’enfants sans jamais être inquiétés. Lorsqu’elle a rencontré le Père O’grady elle s’est trouvée face à un homme modeste et doux, complètement déconnecté des crimes qu’il reconnaissait pourtant avoir commis et de leurs conséquences. Disposé à parler et à relater les faits, prêt à rencontrer ses victimes pour s’expliquer, il préférait ,avec une sorte de cynisme, critiquer son supérieur, le Cardinal Mahony et lui reprocher d’avoir ignoré ses agissements pour éviter un scandale qui aurait nui son avancement dans la hiérarchie de l’église.
Amy Berg a préféré au commentaire narratif qui aurait été redondant, la parole libre. C’est ainsi qu’alternent à l’écran, en dehors de O’Grady, du Cardinal Mahony et de son second, Monseigneur Cain, d’autres prêtres, des hommes de loi, des psychologues, des victimes du pédophile, et dans certains cas leurs parents. Certains témoignages sont à la limite du supportable mais ce qu’on retient surtout du film, c’est le calme et la tranquillité du prêtre lorsqu’il parle de ses agissements, s’accordant à l’occasion des circonstances atténuantes, c’est la mauvaise foi avec laquelle ses supérieurs détournent leurs réponses de la question posée, c’est au final, le refus du Vatican de recevoir d’anciennes victimes qui ont demandé une audience et le désarroi de ces deux femmes.
Après avoir purgé une peine de sept ans, le Père O’Grady vit aujourd’hui librement en Irlande. Le cardinal Mahony est toujours en fonction. et depuis 1950, les crimes sexuels dont des prêtres se sont rendus coupables ont coûté à l’église plus d’un million de dollars en frais juridiques et indemnisations.
Délivrez-nous du mal est un film nécessaire. C’est un film courageux qui va au bout de sa démarche.
Francis Dubois

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