Actualité théâtrale

Théâtre de Belleville jusqu’au 22 novembre 2015

"Démons" librement inspiré de la pièce de Lars Norën Conception et mise en scène Lorraine de Sagazan

Le spectacle qu’a conçu Lorraine de Sagazan est librement inspiré de la pièce de Lars Norën. L’homme et la femme du couple démoniaque ne s’appellent plus ici Frank et Katarina. Ils portent le prénom des comédiens qui les interprètent et le texte de Lars Norën n’apparaît plus que par intermittence pour servir d’ossature au spectacle.

Comme dans la pièce de Lars Norën, un couple se déchire, se méprise, s’aime et se repousse.

Ils sont à bout de souffle. Elle veut partir, il la retient. Et pour la divertir, pour éviter l’infernal face à face qui s’annonce, il lui propose d’inviter un jeune couple de voisins à boire un verre.

Théâtre : Démons

La proposition de Lorraine de Sagazan respecte le propos originel, le ton sulfureux de la pièce, les situations et les personnages mais d’une manière détournée. Le texte dit par les comédiens est le résultat d’un travail d’improvisation et souvent, il est étranger à celui qu’a écrit Lars Norën.

Antonin (Franck) est un jeune homme enjoué, impétueux, drôle jusque dans l’expression du mépris. Lucrèce (Katarina) est plus complexe. Derrière la désinvolture qu’elle montre, il y a, bien qu’elle s’en défende, une sorte de nostalgie du passé, de l’époque pas si lointaine où avec Antonin, ils se disaient leur amour, se prenaient dans les bras.

Dans la mise en scène de Lorraine de Sagazan, Jeanne. (la jeune femme) et Benjamin (son compagnon) ne se présentent plus chez leurs voisins mais ils sont parmi le public ou chacun des spectateurs serait un habitant de l’immeuble, également convié.

L’esprit de la pièce est respecté et le travail des interprètes est passionnant parce que sans cesse surprenant.

Alors, pourquoi devant ce travail d’une grande originalité et infiniment créatif, cette impression de spectacle pas tout à fait abouti (" Démons" est au théâtre de Belleville pour 60 représentations) parfois encore en suspens, en devenir ?

Le travail d’improvisation atteint-il ses limites malgré (ou à cause) du débordement inventif des comédiens ?

Peut-être aurait-il fallu, pour créer plus de ruptures de ton, rythmer le spectacle et lui donner une ossature moins relâchée, intégrer aux épisodes d’improvisation, un peu plus de passages de la pièce de Lars Norën.

Peut-être enfin fallait-il assumer pleinement son état de théâtre sans moyens et ne pas, pour signifier la situation sociale aisée du couple, suspendre au-dessus d’un plateau vide des robes en lamé comme un signe de richesse.

Le " Démons" qui se donne à 19h 15 sur le plateau du théâtre de Belleville est une vraie démarche créative qu’il faut saluer comme telle.

Il est certain, face à l’énergie dont font preuve les comédiens et la foi évidente qui les anime, qu’au fil des représentations, le spectacle trouvera le bon équilibre dont il n’est déjà pas très éloigné.

Francis Dubois

Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple 75 011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 48 06 72 34

reservations@theatredebelleville.com

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