Actualité théâtrale

au Théâtre du Petit Saint Martin

"Dernière station avant le désert" de Lanie Robertson. Mise en scène Georges Werler

Ca commence comme chez Tennessee Williams. On est peut-être dans l’ouest du Texas. La chaleur est suffocante. Une jeune femme aguichante, plantée devant le ventilateur tente de se rafraîchir. Un homme plus très jeune fait ses comptes derrière le bar. Un jeune homme assis à une table tente de noircir une grille de mots croisés. Nous sommes dans un des ces bars station-service minables qui borde une route où les rares voitures qui passent ne s’arrêtent pas toujours.
Le jeune homme semble agité et fragile malgré sa corpulence. Il serre dans ses bras la jeune femme consentante dès que le vieux a tourné les talons. Elle voudrait bien en finir une fois pour toutes avec un mari repoussant et violent, partir avec le jeune homme. Il y a un revolver dans un des tiroirs du bar.
La première partie un peu conventionnelle, si elle accumule les clichés, comporte de beaux dérapages de dialogues flirtant avec l’absurde et qui mettent la puce à l’oreille. On comprend bientôt qu’on n’en restera pas là avec cette histoire de laissés pour compte. Qu’on nous a tu l’essentiel. Et si ce bar était un lieu d’insertion pour des GI’s formés à tuer….
"Dernière station avant le désert" est une pièce plutôt adroitement construite qui échappe à toute démonstration, dont les ressorts dramatiques sont un peu attendus mais qui met en scène un personnage intéressant, celui du jeune homme qu’une extrême fragilité met sans cesse en danger. Qu’y a-t-il à l’origine de la fragilité de Clancy ? Quels souvenirs le hantent, quel obstacle l’empêche s’avancer, le fait osciller sans cesse entre la tentation du mal et le désir de se montrer bon, honnête et généreux ? Le jeune comédien qui l’interprète lui insuffle assez de mystère et d’ambiguïté pour qu’il nous tienne en haleine.

On est dans le théâtre narratif vaguement chargé de messages. C’est bien agréable à suivre. On se laisse porter et à la fin, on applaudit de bon cœur pour la qualité du jeu et pour le travail de la Cie Eroc, en résidence au Théâtre de Cachan et qui a une prédilection pour les textes contemporains.
Francis Dubois

Théâtre du Petit Saint Martin
17 rue René Boulanger 75 010 Paris
Réservation au 01 42 02 32 82

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