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Un film de Emin Alper (Turquie)

« Derrière la colline » Sortie en salles le 3 avril 2013

Faik possède un modeste élevage de chèvres et une petite ferme dont il partage la partie habitable avec le métayer et son épouse qui assure l’intendance.

Sa propriété est située au pied de collines derrière lesquelles séjournent, une partie de l’année, des nomades peut-être voleurs et pilleurs de troupeaux.

Quand Faik reçoit la visite de son fils et de ses petits-enfants, il met chacun en garde contre la présence menaçante de ces tribus.

Alors que se déroulent les vacances, la tension monte, la menace se précise, même si elle reste silencieuse et invisible.

Emin Alper se destinait à la mise en scène dans la Turquie des années 90 quand le cinéma se trouvait dans une situation critique et que réaliser un film relevait de la plus haute utopie

Il avait gardé sous le coude plusieurs scénarios qu’il avait écrits à cette époque, en dépit des difficultés et des obstacles.

Celui de " Derrière la colline " comptait parmi ceux-là. Il lui avait été inspiré par des souvenirs d’enfance. Mais les souvenirs seuls ne constituant pas une matière suffisante, il allait être amené à incorporer à son récit les personnages des nomades.

Faik aurait-il réagi de la même manière face à cette menace dans un premier temps purement fantasmée, s’il s’était trouvé seul dans la ferme ou avec la seule présence du métayer et de sa femme ?

La présence de son fils en vacances et de ses petits enfants, dont il se sent en devoir d’assurer la sécurité, l’amène-t-il à inventer ou à anticiper une menace ? Celle-ci est-elle réelle ou bien n’existe-t-elle que dans son esprit ? N’est-elle pas prétexte à satisfaire son naturel vindicatif et à s’emparer de son fusil ?

Les toutes premières minutes du film introduisent un suspense. Les bruits qui ont réveillé Faik au milieu de la nuit et l’affolement dans le poulailler sont-ils dus à la simple approche d’un renard ou à une tentative d’effraction ?

L’apaisement qui suit, la présence du fils citadin, l’atmosphère de vacances, en donnant lieu à un ton plus ironique, n’efface pourtant pas les prémisses de la tragédie annoncée.

Le récit passe ainsi d’un genre à l’autre, au gré de l’intrigue, sans pour autant tomber dans un aspect

cathartique .

Cependant, malgré les ruptures d’ambiance, on baigne de la première à la dernière image dans un climat paranoïaque. Et ce sont essentiellement les paysages, l’habitation située au pied des collines qui en fait un lieu vulnérable, l’impression que le danger en surplombant la ferme peut survenir à chaque instant qui alimentent la peur.

"Derrière la colline " prend au fur et à mesure des événements qui relancent le récit la forme d’un western. Il a suffi de remplacer les nomades par les indiens.

Mais le film constitue aussi et peut-être surtout, une allégorie de la Turquie d’aujourd’hui. La psychologie de Faik et sa paranoïa constituent la norme dans le contexte quotidien du pays.

Le climat politique et social du pays est marqué par la suspicion et la paranoïa. La Turquie a, comme bien d’autres pays, besoin de boucs émissaires pour souder une communauté à travers la peur de l’autre et de l’étranger.

La société occidentale n’a-t-elle pas, selon la même logique, donné au terrorisme l’image exclusive du musulman ?

" Derrière la colline " n’est à aucun moment un film frontalement violent ; Mais dans sa construction, le réalisateur joue si adroitement avec les éléments du mystère, qu’il garde, jusqu’au moment du drame consommé, une large part de secret.

Aux limites du film d’action, du récit psychologique et du film politique , "Derrière la colline" est une œuvre forte et singulière.

Francis Dubois

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