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Un film de Xavier Beauvois (France)

"Des hommes et des dieux" Sortie en salles le 8 septembre

Un monastère qui se dresse à proximité d’un village de montagne du Maghreb abrite huit moines Cisterciens. Ils vivent en parfaite harmonie avec la population locale, très modestement de leurs récoltes et du miel de leurs ruches qu’ils vendent au marché. L’un d’eux, vieux sage malicieux, est médecin. Il soigne les habitants chaque jour, un autre rédige leur courrier, les aide à constituer un dossier. Ils apportent les uns et les autres, sans compter, des remèdes aux problèmes quotidiens des villageois.
La montée d’un extrémisme meurtrier aveugle vient tout à coup troubler la vie paisible de la communauté. Le massacre d’une équipe d’ouvriers croates travaillant sur un chantier proche précise l’insécurité et plusieurs questions se posent dès lors. Faudra-t-il en arriver à accepter la présence de l’armée dans le monastère ou envisager la solution extrême de partir, de quitter un lieu auquel ils sont attachés, le pays, et d’abandonner une population qui se retrouverait, privée de leur soutien, un peu plus démunie.
Le film de Xavier Beauvois n’est pas une enquête sur l’assassinat des moines français de Tibhirine qui a secoué l’opinion publique internationale, même s’il retrace étroitement la période qui a précédé leur enlèvement, la montée de la menace islamiste, s’il restitue au plus près des faits le déroulement du quotidien de ces moines, dont la vie se partage de façon harmonieuse entre la pratique à la lettre du rituel religieux et le contact naturel, efficace et chaleureux avec les habitants du village.
"Des hommes et des dieux" réussit la juxtaposition parfaite des univers contrastés inhérents au récit. L’intimité de la communauté religieuse entre prière, chants liturgiques, recueillement contraste avec les gestes les plus domestiques d’une existence modeste et ordinaire, tout comme l’intérieur du monastère, lieu austère voué à la méditation, à la prière, contraste avec la grande lumière et les vastes paysages montagneux arides ou verdoyants magnifiquement filmés ici par la chef opératrice Caroline Champetier.
Xavier Beauvois prenait un énorme risque en portant à l’écran les derniers mois de la vie de ces moines, leurs interrogations, leurs doutes et le sens qu’ils donnaient à leur mission. Le premier écueil évité est de n’avoir pris aucune option sur les raisons de l’assassinat et sur l’appartenance idéologiques des criminels supposés. Une autre est de n’avoir pas hésité à donner une large place aux scènes de prières, de recueillement et de chants sans se soucier de la possible lassitude qui pouvait en résulter. Des scènes superbes et récurrentes qui viennent en contre point des activités séculaires des moines.
"Des hommes et des moines" est un film d’une extraordinaire beauté qu’il soit dans le dénuement ou dans le lyrisme. C’est un réflexion simple et émouvante sur le don de soi, l’extrême générosité de l’homme et sur la proximité évidente du sacré et du profane.
Les références à la peinture religieuse italienne sont nombreuses. Elles apparaissent avec la discrétion, la modestie qui sont l’essence même d’un récit d’une belle efficacité esthétique mais surtout d’une forte portée idéologique.

Tous les comédiens sont très bien. Une mention spéciale revient à Michaël Lonsdale dans le rôle du Père Luc, le médecin. On connaissait l’étendue de son talent. Là, il est formidable.
Le film a obtenu à Cannes, le Prix de l’Education Nationale.
Francis Dubois

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