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Un film d’Alice Odiot et Jean-Robert Vialet (France)

« Des hommes » Sortie en salles le 19 février 2020.

Alice Odiot et Jean-Robert Vialet ont obtenu l’autorisation de filmer pendant vingt-cinq jours dans l’enceinte de la prison des Baumettes : 30 000 m2 pour 2000 détenus dont la moitié n’a pas trente ans.

La camera des deux cinéastes observe, écoute, laisse du temps à chacun, laisse passer de longs moments de silence souvent aussi éloquents que l’expression, la révélation, les états d’âme, fait état de destins brisés, témoigne des espoirs, des déceptions, des projets pour attendre le jour plus ou moins lointain où on sera devenu un homme guéri de ses erreurs.

Cinéma : des hommes

En 2012 le Contrôleur général des « lieux de privation de liberté » qualifie les conditions de détention de la prison des Baumettes d’inhumaines. En 2013, première demande de tournage.

En 2015, pour la première fois à la prison des Baumettes, des cinéastes entrent pour trois semaines dans la prison, mais sans micro ni camera. 2016, première période de tournage. 2018, reprise et prolongation du tournage. Juin 2018, fermeture de la prison des Baumettes.

La caméra d’Alice Odiot et Jean-Robert Viallet n’est surtout pas un regard de voyeur. Il ne faut pas s’attendre à des révélations saillantes, des confidences percutantes. On ne saura jamais de quels délits se sont rendus coupables ces jeunes hommes dont tout au long du film, les apparitions récurrentes finissent par nous les révéler, nous les rendre familiers.

L’enfermement carcéral est montré ici comme une expansion de la solitude, la confrontation de chacun avec ses propres monstres.

Le temps se déroule selon des journées de vide entrecoupées de séquences qui peuvent renvoyer à la vie, à des moments d’échanges, de retour à la lucidité.

Des journées entières à réfléchir mais à quoi sinon aux mêmes choses en boucle, à des projets tour à tour déterminés ou prudents.

Que fait-on en prison ? On vit entre hommes à deux ou trois dans des cellules de 9 m2. On fume, on joue au rami. On reste enfermé 22h30 sur 24.

De temps en temps, on rêve mais ça ne dure pas. La vie n’est pas une fiction. Méthadone, somnifères, anxiolytiques prennent le dessus sur les obsessions négatives, les tourments, le vide sidéral quand on en prend conscience et qu’on le mesure.

On se regarde entre hommes. On se muscle. On y puise une fierté.

Parfois, on trouve un apaisement et on se fait la promesse de repartir pour une reconstruction sur le nouvelles bases...

Le film pose un regard humain sur des jeunes hommes en perdition qui paient le prix de leur liberté pour un acte qu’ils ont commis et qui les a mis en marge d’une société qui n’a pour eux aucune indulgence. Tous ces garçons reconnaissent leur faute et admettent la sanction mais les détenus ne sont pas les seuls à puiser un apaisement dans le projet d’un repentir sincère. Ils sont accompagnés par la bienveillance des travailleurs sociaux qui ne font preuve à leur égard d’aucune une démagogie dont ils n’ont pas besoin.

Le film est-il parfois complaisant ou bien porte-il simplement sur ces hommes un regard humain ?

«  Des hommes » n’est pas un film sur la prison mais sur qui reste d’humanité dans un endroit où l’objectif est de priver les détenus de leur humanité.

Un film généreux sur le privation de liberté, sur le courage de garder malgré tout, le tête hors de l’eau. Un film sur la survie.

Francis Dubois

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