Crise du coronavirus

Dès maintenant, préparer septembre et l’après Un impératif scolaire et social

Nous sommes début juin et les personnels n’ont toujours aucune information concrète sur la préparation de rentrée. Septembre ne sera pourtant pas une rentrée normale. Il y a urgence à ce que le Ministère traite ce dossier. Ci-dessous, quelques éléments de réflexion qui seront enrichis dans les prochains jours.

Sommaire
Le covid19 comme amplificateur des inégalités
Les annonces du Ministre : un service public d’éducation au rabais
Des propositions pour la rentrée
Des collèges, lycées, CIO : des équipes renforcées et revalorisées
Des programmes revus avec une exigence : faire réussir tous les élèves
Bac, lycée, Education Prioritaire, d’autres réformes, dès maintenant !
Equipements, bâti scolaire, concertation locale, aller plus loin
Septembre et après

Le covid19 comme amplificateur des inégalités
L’épidémie de Covid1919 a confirmé le rôle essentiel de l’école. Les collèges et les lycées sont des lieux incontournables d’apprentissage, mais aussi de socialisation. Le lien social construit grâce à l’école a été fragilisé.
Par ailleurs, si les personnels ont relevé, seuls, le défi de l’enseignement à distance, cette séquence a aussi montré que rien ne pouvait remplacer le professeur, le CPE, le PsyEN, l’AED ou l’AESH aux côtés de l’élève.
Enfin, le confinement a aggravé les inégalités de tout ordre : il a mis à nu les inégalités de logement, d’équipement, et renforcé les inégalités scolaires.
Pour le SNES-FSU, l’école post-covid doit donc renforcer sa dimension éducative, sociale et émancipatrice. Cela passe par le renforcement du service public d’éducation. L’impératif de démocratisation doit guidé les politiques mises en œuvre.

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Les annonces du Ministre : un service public d’éducation au rabais
Les premières pistes dévoilées par le Ministre de l’Education nationale se situent, sans surprise, à rebours de ces orientations sociales. A travers les 2S2C, c’est bien une forme d’externalisation de certains enseignements (EPS et enseignement artistiques) qui est organisé, affaiblissant le concept même de service public d’Education, et promouvant une éducation au rabais, dénuée de ses dimensions artistiques, culturelles et sportives. La nécessité de mettre en place un enseignement numérique dans une situation exceptionnelle est instrumentalisée : des états généraux du numérique sont annoncés pour l’automne mais derrière les grandes déclarations, c’est bien une opération de promotion du numérique éducatif commercial qui s’accélère au bénéfice de la EdTech.

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Des propositions pour la rentrée
Pour le SNES-FSU, il faut faire bien plus et bien mieux. La rentrée de septembre doit préfigurer les contours d’une école post-covid en s’appuyant sur les enseignements de cette période de crise exceptionnelle.
Différentes hypothèses doivent être travaillées (situation revenue à la normale, circulation modérée du virus qui conduit à des clusters localisés et à des formes de confinement local, situation de circulation vive du virus qui conduit à un nouvel épisode de confinement généralisé) pour anticiper au mieux toutes les situations possibles et ne pas revivre l’improvisation généralisée de ces derniers mois où le service public, une fois de plus, n’a tenu que par l’engagement et la conscience professionnelle des agents et non par le sens d’organisation et d’anticipation du Ministère. Des garanties sanitaires devront être apportées.

Le SNES-FSU exige aussi des mesures pour la rentrée, elles sont indispensables quelle que soit la situation sanitaire à la rentrée, afin de prendre en compte les effets de plusieurs mois de confinement et d’école à distance. D’autres mesures de long terme et plus structurelles doivent aussi être engagées.

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Des collèges, lycées, CIO : des équipes renforcées et revalorisées
Les inégalités se sont creusées pendant le confinement, il y a donc urgence à les combler dès la rentrée. Cela passe notamment par du travail en petits groupes pour revenir sur des points de méthode, consolider des connaissances. C’est un travail de long terme qui ne peut se faire à coup de stages de quelques jours pendant les vacances. Cela nécessite donc des moyens pour la prochaine année scolaire mais aussi les suivante.

A l’heure actuelle, dans le second degré, la rentrée se prépare sur la base d’une augmentation du nombre d’élèves attendus (+ 25 0000) et de suppressions de postes. Rien que dans les lycées généraux et technologiques, les effets de la réforme Blanquer se font sentir, avec un peu plus 1100 suppressions de postes toutes matières confondues (486 en mathématiques, 465 en sciences industrielles, 86 en lettres modernes, 80 en SES etc).
Les conséquences sont prévisibles : des classes surchargées (en contradiction avec les précautions sanitaires élémentaires) mais aussi l’impossibilité de travailler en petits groupes, notamment avec les élèves les plus en difficulté.

350 emplois n’ont pas été distribués dans les académies et les établissements lors des opérations de préparation de rentrée, il y a urgence à ce qu’ils soient ventilés dans la plus grande transparence. Il faudrait bien plus pour couvrir tous les besoins des établissements.

Les inégalités structurelles appellent aussi à des mesures de long terme, le second degré a donc besoin d’un plan pluriannuel d’emplois et de recrutements. A l’heure où tout le monde a constaté que personne ne pourrait remplacer un professeur, que leur rôle était incontournable dans l’apprentissage des connaissances, comment comprendre que le refus du Ministre de créer des postes dans le 2d degré ?

Cette période a aussi mis en lumière le rôle crucial des psychologues de l’Education nationale qui sont aujourd’hui sous le feu de réformes multiples dont l’unique objectif est de les faire sortir de l’Education nationale. A l’inverse, leur rôle doit être conforté, tout comme celui des CPE et AED.

Ces recrutements ne pourront être effectifs qu’avec un plan de revalorisation salariale conséquent afin de surmonter la crise de recrutement de connaissent nos professions.

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Des programmes revus avec une exigence : faire réussir tous les élèves
La fin de l’année scolaire 2019-2020 ne peut être consacrée à une course poursuite pour finir les programmes. L’année 2020-2021 doit tenir compte de ces mois particuliers. Il est illusoire de penser que les programmes pourront être étudiés comme s’il ne s’était rien passé cette année : des savoirs construits dans des conditions difficiles, des programmes non terminés, ce sont autant d’éléments qui plaident pour des aménagements de programme pour l’an prochain.

On ne construit pas des savoirs solides sur des bases fragiles  : revoir les programmes c’est réaffirmer des objectifs intellectuels et méthodologiques forts, c’est ainsi s’assurer que tous les élèves pourront acquérir un certain nombre de savoirs exigeants. Ne pas revoir les programmes pourrait aggraver les inégalités. L’exigence, c’est celle de la démocratisation, pas celle de la sélection par des programmes inadaptés à la situation.
Le SNES-FSU a élaboré une liste des aménagements de programme possibles, discipline par discipline, au collège et au lycéen, y compris en lien avec les épreuves de bac.
Ainsi, en Cinquième, il serait facile d’alléger en géographie en proposant du choix, par exemple dans le thème 2 sur les ressources par exemple.

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Bac, lycée, Education Prioritaire, d’autres réformes, dès maintenant !
Le SNES-FSU exige toujours d’autres réformes du lycée et du bac : les réformes en cours ont montré tous leurs effets dévastateurs pour les élèves et les personnels. Le contexte sanitaire rend encore plus urgent des évolutions à court terme.

Les E3C-1 et les épreuves de spécialité en terminale arrivent bien trop tôt dans l’année. Il n’est pas envisageable que des élèves de 1ère passent une épreuve de bac 4 mois après la rentrée. Ces élèves sortiront d’une année de 2de compliquée et la rentrée doit être avant tout consacrée à la consolidation des apprentissages afin de ne pas creuser les écarts entre les élèves après le confinement. Maintenir les épreuves de bac prévues en janvier (pour les 1ère) et en mars (pour les terminales) serait en contradiction avec cet objectif puisque sans avoir le temps de réparer les effets scolaires et sociaux du confinement, les professeurs et les élèves seraient lancés dans une course à la préparation de ces épreuves, qui pénaliserait, une fois de plus, les élèves les plus fragiles. Ces épreuves doivent donc être supprimées et remplacées par des épreuves nationales, terminales et anonymes.
Plus globalement, la réforme du bac doit être revue.

Le lycée à la carte conduit à l’implosion du groupe classe, on a ainsi vu à la rentrée 2019 qu’une division n’était plus que la juxtaposition de plusieurs groupes d’élèves ayant fait des choix de spécialités différents. Pour limiter les déplacements des élèves et ainsi respecter quelques règles élémentaires de sécurité sanitaire, il est recommandé d’attribuer une salle à une classe, ce qui est impossible avec la réforme du lycée. Après avoir montré son non sens pédagogique, cette réforme est aussi inadaptée aux conditions sanitaires actuelles. Elle doit être revue rapidement.

Enfin, alors que les inégalités se sont creusés, un nouvel élan doit être donné à l’éducation prioritaire : sa carte doit être rapidement confortée et élargie aux collèges et lycées qui en sont besoin, au regard d’indicateurs fiables, transparents et partagés.

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Équipements, bâti scolaire, concertation locale, aller plus loin.
D’autres dimensions doivent être prise en compte par le Ministère en vue de la prochaine rentrée :
- équipement des personnels et des élèves : les premiers ont sur-utilisé leurs équipements personnels pendant le confinement (ordinateur, connexion internet, imprimante etc) et par ailleurs de nombreux élèves n’ont pas pu étudier correctement faute d’équipement : ordinateurs, tablettes, connexion etc. Ces questions doivent être rapidement traitées soit la forme de primes d’équipement pour les personnels ou d’équipements matériels pour les personnels et les élèves

- le retour dans les établissements met en lumière les limites du bâti scolaire : état des sanitaires, salles et couloirs exigus etc. Un plan d’urgence du bâti scolaire doit être rapidement mis en œuvre en lien avec les collectivités territoriales. A terme, en plus de respecter des conditions de sécurité sanitaire élémentaires, cela permettra aussi de diminuer les effectifs dans les établissements et dans les classes.

- La crise a démontré, que les personnels étaient pleinement mobilisés pour faire fonctionner le service public. Mais ils ont aussi ressenti souvent une perte de sens de leur métier, particulièrement là où la crise a servi à les exclure de lieux de réflexion et/ou de décisions collectives. Au local, les parents et les élèves ont également étaient peu associés. La communauté éducative a besoin pour organiser le fonctionnement d’un service public ambitieux que la place de tous soit respectée dans les établissements. Il faut donc, par exemple, que conseils de classes, conseil d’enseignements, et CA retrouvent très vite un fonctionnement normal et revivifié. Il faut dégager du temps de concertation, dès maintenant, pour préparer une rentrée qui, quelle que soit le contexte sanitaire, sera forcément particulière.

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Septembre et après
Au-delà de ces éléments conjoncturels, à mettre en place au plus vite pour la rentrée de septembre, c’est toute une conception du second degré qui doit être repensée, à l’opposée de la vision libérale et conservatrice par le Ministre. Le SNES-FSU mobilisera et fera des propositions au-delà des mesures pour la rentrée de septembre. Les élèves et ses personnels méritent mieux que les petites instrumentalisations en cours au service d’un projet cohérent mais aux antipodes des valeurs du service public.

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