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Un film de Jalil Lespert (France)

 "Des vents contraires" Sortie en salles le 14 décembre 2011

Une famille comme une autre. Au petit déjeuner qu’on prend avec les enfants, un léger différend oppose les parents. Une de ces querelles de début de journée qui n’engage pas le fond de sérénité ambiante. Qui, en tout cas, ne justifie d’aucune façon l’absence de la mère le soir même et les jours suivants, et ce qu’il faudra bien finir par appeler une disparition.

Du jour au lendemain, Paul Andersen se retrouve seul avec ses enfants, confronté à une culpabilité obsédante.

Quelques jours plus tard, quand les chances de voir réapparaître la jeune femme se sont réduites, le père, désemparé, prend la décision de rejoindre la Bretagne où il a grandi et d’intégrer la maison familiale laissée à l’abandon depuis la mort des parents.

Plutôt que de se laisser submerger par l’absence et les assauts de sa culpabilité, il décide de tenter une ouverture nouvelle, une reconstruction. Le grand air de la côte bretonne, la présence tonique d’un grand frère, la nouvelle installation et la rencontre d’êtres nouveaux aideront à l’édification de la nouvelle vie.

Après avoir réalisé un premier film très noir, "24 mesures" en 2007, que la presse et le public ont boudé pour d’obscures raisons, Jalil Lespert fait ici l’adaptation d’un roman d’Olivier Adam. Des néons glauques des nuits parisiennes, il passe aux vastes paysages bretons, à la région de Saint-Malo, à cette lumière blanche où les circonstances de son retour et l’état de la maison familiale lui rappellent qu’il fut un fils absent, dérogeant à toutes ses obligations filiales.

Le job de moniteur d’auto-école que lui dégote son frère lui permettra de rencontrer quelques personnages décalés, de ces "border-line "qui occupent pourtant, avec leurs blessures, une place dans la vraie vie. Une adolescente punky qui ne restera pas insensible au charme du trentenaire, une vieille dame en quête d’autonomie, et un ancien marchand de chaussettes ambulant à qui on a retiré le permis de conduite à la suite d’un accident, et que sa femme a quitté.

Paul Andersen sent confusément que chacune de ces rencontres lui sont autant de portes ouvertes sur un quotidien régénéré, mais il se heurte aux autres, et son refus d’aller vers eux est un sorte de résistance, les séquelles d’une blessure longue à cicatriser.

Ce seront plutôt sa rencontre avec une femme gendarme mal fagotée et intègre, mais non dépourvue d’humanité, et celle avec ce père débordant d’amour pour son enfant qui, à peine sorti de prison, enlève son fils à la sortie de l’école, qui lui procureront la force dont il avait besoin. Cette force qui vient de la générosité immense qu’il porte en lui.

Jalil Lespert a construit autour du personnage d’un père mal grandi, à qui il reste, bien ancrés en lui, les restes du "sale gosse" qu’il fut, un récit généreux, bosselé de partout, hérissé, bourré de refus hostiles et de culpabilité .

Benoît Magimel compose un Paul Andersen à fleur de peau, dont la violence retenue n’a d’égal que les débordement d’amour et de générosité.

Il n’y a sans doute pas loin du comédien Lespert au comédien Magimel, et cette complicité palpable à tous les instants du film, cette parenté, est peut-être bien à l’origine de cette "grâce" qui habite le film de bout en bout.

Il ne faut oublier de citer la gendarme Isabelle Carré étonnante, Autore Clément dans une scène savoureuse, Bouli Lanners ou Antoine Dulery, l’aîné que le retour de son frère et de ses jeunes neveux autorise enfin à sortir de sa boîte le vieux train électrique…

Francis Dubois

 

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