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Un film de Gille Porte (France)

"Dessine-toi" Sortie en salles le 26 janvier 2011

De l’autre côté d’une vitre, les enfants dessinent au feutre noir. Ils dessinent leur auto portrait ou se laissent aller en toute liberté à dessiner un paysage, des ribambelles de visages, des insectes, à noircir la surfaces de traits, de courbes, de points derrière lesquels l’enfant disparaît, au milieu de quoi, parfois, il se confond.
Parfois un motif du dessin, pris dans une animation s’évade du cadre et rejoint un paysage à proximité, auquel il paraissait être destiné. Ainsi des papillons, un vol d’oiseaux, des personnages qui se poursuivent. Et le film de Gilles Porte devient magie, poème, évasion…

Ce cinéaste, qui co-réalisa le beau film "Quand la mer monte" qu’on attribua souvent abusivement à la seule Yolande Moreau dont le nom était plus porteur sans doute, a un talent fou pour photographier les enfants.
Qu’il cadre les visages ou qu’il surprenne dans la brume ou dans la limpidité d’un matin lumineux le défilé joyeux des enfants sur le chemin de l’école, il les accompagne d’une sorte de tendresse qui se situerait à mi-chemin entre gravité et insouciance.
Les enfants dessinent, se dessinent. Ils ont oublié que la caméra les regarde. Les visages sont graves, mobiles. Le regard suit le tracé du feutre. Les enfants sont à la fois curieux de ce que leur propose leur propre imagination, comme un vagabondage, comme un voyage qu’ils sont invités à faire et dont ils nous font profiter dans une grande liberté, la leur, dans l’instant même.
La scène se répète. Derrière la vitre, un enfant succède à un autre, un canadien à un thaïlandais, un cambodgien, à un palestinien, un japonais à un australien, un turc à un colombien, un birman, un italien, un égyptien. Le dessin est un simple tortillon ou une fresque fouillée, dense. Ca ne dure qu’une heure dix et on voudrait bien que ça ne finisse pas, que longtemps on se délecte de la créativité des enfants, de leur regard concentré mais aussi de la photographie qui les caresse plus qu’elle ne leur vole un instant.
Gilles Porte a rencontré 4000 enfants. Il a totalisé 120 heures de ruches. 5 continents ont été parcourus et 33 pays visités. Le film a nécessité 12 vitres de 1,70m x 1,10m, 123 markers, 500 crayons blancs, 2000 feuilles de papier noir…
Film poétique plus que politique, "Dessine-toi" nous oblige cependant à reconsidérer la place des disciplines artistiques à l’école. Ce film prouve plus que n’importe quelle autre discours que les enfants ont un potentiel de créativité énorme et quand Tasneen, la petite palestinienne de 5ans, interprète son dessin sur la vitre comme un mur entre son pays et le reste du monde, tout est dit et surtout quand on constate, à y regarder de plus près que les personnages qui figurent sur la fresque, membres de sa famille, sont chacun entourés de petits cercles concentriques…
Gilles Porte a fait là un des plus beaux films qui puisse exister sur l’enfance, sur les gestes de l’enfant, sur le regard de l’enfant, sur sa force et sa fragilité…
Gilles Porte est un cinéaste magicien.
Francis Dubois

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Débat avec le réalisateur et Françoise DUMONT, vice-présidente de la LDH, responsable du groupe de travail « Jeunesse et droit des enfants" (le film est soutenu par la Ligue des Droits de l’Homme = voir http://www.ldh-france.org/La-LDH-soutient-le-film-de-Gilles), à Paris, au cinéma La Clef), après la projection du lundi 31 janvier à 20h… où une exposition est également visible pendant les semaines où ce film restera programmé.
Philippe Laville

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