Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Le coin du polar.

Deux polars fort différents Elisa Vix, Simenon

Un sauvage qui ne l’est pas…

Comment s’appeler « Sauvage » lorsque le but est de glander le plus possible loin des enquêtes de terrain ? Elisa Vix a voulu jouer de l’oxymore pour faire sourire tout en construisant une intrigue qui oblige le lecteur(e) à poursuivre les investigations malgré cette figure de « détective » qui repousse au loin toute possibilité d’identification. Un peu « macho », un peu fainéant, un peu « mauvais père », un peu compassionnel et pas plus sympathique pour autant. Un inspecteur « normal », un peu trop.

Pour une histoire de jumelles. Double. Celles de l’inspecteur Thierry Sauvage et celles sur lesquelles il enquête. Les premières lui servant à trouver la clé de la double – forcément double - énigme qui lui est soumise pour que tout « rentre dans l’ordre ». Il est aussi question des relations entre critique et écrivain. Le métier des un(e)s est difficilement accepté par les autres… C’est la raison pour laquelle nous ne dirons pas trop de mal de ce « Rosa Mortalis » - le titre s’explique à la fin –, un essai pour lier ironie et polar. Un essai seulement. Cette alliance est difficile. Mais, et c’est le mérite de l’auteure – « écrivaine » -, elle réussit à entraîner le lecteur jusqu’au bout.

Maigret…

Lire ou relire un « Maigret », ce personnage de commissaire, lourd, peu sympathique, engoncé dans des manteaux, lourds eux aussi, qui datent de ce temps – des années 30 aux années 50, la mode vestimentaire des hommes n’a guère changé -, la pipe qu’il bourre et le ton qui ressemble à la pipe. Simenon s’est caricaturé.

Folio/Policier réédite tout Simenon – pas seulement les Maigret donc. Pour comparer. Les enquêtes du commissaire restent l’œuvre clé de l’auteur. Les autres romans manquent de cet « aura » qui anime ces « polars ». Ouvrir le dernier réédité par exemple, « L’inspecteur Cadavre » et on plonge dans un monde glauque, un monde de la Vendée profonde. Par curiosité, on regarde la date de parution, 1944 et on se dit que Simenon, malgré ses sympathies nazies, avait saisi le contexte. Cette désillusion profonde qui traverse toute cette enquête officieuse, ce voile de mélancolie qui envahit les protagonistes. Et Maigret dira à la fin de cette plongée dans la « France profonde », de celle qui a collaboré, de celle qui a dénoncé pour survivre, de celle qui ne veut pas savoir mais qui est tout de même meurtrière – une partie d’entre elle s’enfuira à l’étranger, en Argentine par exemple -, « il y a une expression qui me paraît la plus hideuse du vocabulaire mondain comme populaire (…) Tout s’arrange !… » Que dire de plus ? On ne résiste pas à Simenon-Maigret… A la fois pour l’énigme elle-même, pour le climat et pour ce qu’il révèle d’une période historique…

Nicolas Béniès.

« Rosa Mortalis », Elisa Vix, Rouergue/Noir.
« L’inspecteur Cadavre », Georges Simenon, Folio policier .

Signalons que, pour l’achat de deux folios policier, Gallimard offre ce « must », résultat de l’alliance entre Manchette et Tardi, « Ô dingos, Ô châteaux ». Pourquoi se priver ?

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • Spécial James Lee Burke.
    Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption,... Lire la suite (1er août)
  • « Derek Bailey », Jean-Marie Montera
    Le guitariste anglais Derek Bailey (1930-2005) a été un des pionniers de la branche nouvelle dite « Improvisation libre ». Son importance est telle que, dès 1966, il a changé la donne et brouiller les... Lire la suite (31 juillet)
  • « Dans la tête de Victor Orban »
    Illibéralisme un terme qui fait fureur pour décrire l’arrivée au pouvoir par la voie électorale de dictateurs au petit pied qui battent en brèche tous les droits démocratiques et installent un pouvoir... Lire la suite (31 juillet)
  • « Les soviets en Russie, 1905-1921 », Oskar Anweiler
    La révolution russe fait couler beaucoup d’encre. En oubliant les « soviets », bizarrement. Pourtant, ils représentent une forme nouvelle de démocratie. Ils dérangent et obligent à s’interroger sur les... Lire la suite (30 juillet)
  • « « Underworld, Romans noirs », William R. Burnett
    William R. Burnett, né à Springfield (Ohio), en 1899, a eu le choc de sa vie en arrivant à Chicago. La deuxième grande ville des États-Unis, la porte du Midwest, industrielle et corrompue, capitale de... Lire la suite (29 juillet)