Actualité théâtrale

au Théâtre du Lucernaire

« Dieu qu’ils étaient lourds » Jusqu’au 6 novembre

Le spectacle est construit à partir de différents entretiens que Louis-Ferdinand Céline a enregistrés pour la radio dans les années 50. Ludovic Longelin qui signe l’adaptation et la mise en scène avait d’abord pensé mettre en scène les « Entretiens avec le Professeur Y », souvent considérés comme le manifeste littéraire de Céline. Mais pour L. Longelin, Céline s’y met trop en scène, surjoue son personnage jusqu’à la caricature. Il ajoute : « Céline est bien plus fin que cette image de lui-même qu’il s’amuse à renvoyer dans les Entretiens, et c’est l’homme écrivain, l’homme inventeur, l’homme singulier animé par le travail qu’il me plaisait de faire rencontrer au public. C’est aussi l’homme blessé, l’homme déçu, l’homme combattant, cet homme qui aura sacrifié toute sa vie à l’écriture ».
Une partie de ces entretiens s’attache à l’enfance et aux prises de position polémiques de Céline. Mais l’essentiel est consacré à la réflexion sur l’écriture et sur le style. On y retrouve les diatribes et les obsessions de Céline, sa façon de critiquer le milieu littéraire et le goût frelaté du public, attiré par l’inauthentique et effrayé par l’émotion vraie. Céline y affirme qu’il n’y a qu’un secret, le travail, qu’il n’y a qu’un ou deux grands auteurs par siècle (pour lui il y a Flaubert) et exprime son dégoût pour une langue académique momifiée. Il nous dit « l’exigence et l’intransigeance qu’il faut envers soi-même » pour se lancer dans l’écriture, comment il faut résister au consensus, arriver à singulariser son regard sur le monde en le confrontant toujours au style, à la forme, au travail. Les mots vrais que nous livre ici Céline dépassent les propos souvent provocateurs et caricaturaux que l’on connaît et soulignent davantage en lui l’insoumis animé par une énorme énergie d’écriture.
Le spectacle s’installe dans la pénombre. Marc-Henri Lamande incarne Céline avec sa voix aux intonations métalliques. On croit voir et entendre Céline. Assis sur un fauteuil, il murmure « Alors voilà, je me trouve à présent, à faire un « interviouve » dans un décor de chaise électrique » … Peu à peu la voix s’affermit, l’entretien peut commencer et c’est au public qu’il s’adresse en répondant aux questions du journaliste. Le verbe devient cinglant, l’émotion s’installe et le style emporte les spectateurs. Si vous aimez Céline, courez-y, si vos préventions l’emportent courez-y aussi pour mieux le connaître !
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19 h.
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75 006 Paris
www.lucernaire.fr
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 48 91 10

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