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Un film de Josué Mendez (Pérou)

"Dioses" Sortie en salles le 23 juin 2010

Diego et Andréa vivent dans le luxe paradisiaque de la somptueuse demeure paternelle leurs dernières vacances avant l’entrée en Faculté. Loin des bidonvilles de Lima, ils appartiennent à la haute société péruvienne où se côtoient aristocrates et nouveaux riches vivant dans des cadres de rêve, imperméables à toute autre réalité sociale.
Mais leur existence facile les expose à tous les dérapages. A dix huit ans, Andréa se retrouve enceinte, totalement démunie devant l’épreuve du choix et Diego qui n’échappe pas aux dangers de la vie facile, éprouve pour sa sœur des sentiments troubles. Le père lui, est très accaparé par sa dernière conquête, Elisa, une jeune femme issue d’un milieu modeste qui va devoir apprendre les codes d’un monde qui échappe aux lois, tout entier livré à un individualisme cruel et à un fonctionnement de façade.

A travers un récit qui montre une société jalouse de ses privilèges et qu’il tient pour responsable de l’état du pays, Josué Méndez débusque tous les avatars dont la vie facile est assortie, le versant caché du luxe extrême, celui qui conduit à vivre en vase clos et qui se heurte à d’autres sortes de pauvreté.
Et pour mieux illustrer son propos, il fait se côtoyer trois classes sociales distinctes sous le même toit.
Celle des nantis, celle représentée par la future épouse du père qui, venant d’un milieu modeste, pose un regard lucide sur le monde auquel elle va tenter d’accéder et celui des domestiques, résigné depuis la nuit des temps à reconduire sa condition.
Quand il a appelé son film "Dioses", Méndez a voulu établir une similitude entre cette couche de la société intouchable et les Dieux de l’Olympe soucieux de perpétuer l’ordre en vigueur et les valeurs de l’endogamie. Il en est de même des sentiments ambigus que Diego porte à sa sœur et qui replacent, dans la société actuelle, le thème de l’inceste.
Si le sujet de la jeunesse dorée vivant dans le luxe où seul apparaît ce qui est montrable et où sont dissimulés derrière les apparences les tares, les disfonctionnements et les souffrances, n’est pas neuf, s’il a été traité maintes fois au cinéma, le film de Méndez lui apporte un éclairage nouveau en jouant à la fois sur les stéréotypes et sur l’improbable tracé de certaines situations. La scène finale, teintée de surréalisme qui montre sous la forme d’une sorte de chorégraphie, une multitude de nurses s’occupant de jeunes enfants dans une aire de jeux témoigne de sa démarche à dépeindre un monde en perte de vitesse où Diègo découvre un matin les bidonvilles de Lima et, avec la disparition de sa sœur, la première lézarde d’un univers plus vulnérable qu’il n’y paraissait où il s’était laissé aveugler.
"Dioses" est le deuxième long métrage de Josué Méndez. Il fait suite à "Dias de Santiago" le film péruvien le plus récompensé avec plus de trente cinq prix à travers le monde.
Francis Dubois

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