Actualité théâtrale

au Lucernaire Centre National d’art et d’essai

"Dis-leur que la vérité est belle" Ecrit et mis en scène par Jacques Hadjaje

Alger 1955. Les "événements" d’Algérie en sont au tout début. C’est cette année là qu’Albert naît dans la famille Chouraqui. Le père, déménageur, grand amateur de jazz ne jure que par Charlie Parker, la mère fait les meilleurs makrouds du quartier et Brigitte la fille aînée accueille la venue du petit frère avec la plus grande méfiance. Ce qui pourrait n’être qu’une chronique de la vie algéroise depuis le début du conflit jusqu’à l’arrivée en France en 1962 d’une famille juive pied noir ordinaire, fourmille de personnages et avec eux d’épisodes décalés et audacieux. Et ceux-ci nous entraînent du simple déroulement du quotidien à l’onirisme le plus échevelé avec, entre autres, les intrusions dans le récit de Spirit, personnage de bande dessinée qui n’existe que dans l’imaginaire d’Albert, en échappant presque toujours aux clichés qui étaient à craindre. Et même si les liens d’amitié qui unissent enfants, Albert et Leïla, la petite voisine algérienne, sont un peu téléphonés, le récit, par sa construction, allées et venues dans le temps, survol des différentes époques de la guerre, évocation de la grande période du jazz, intrusion physique de la bande dessinée… même s’il s’en dégage parfois une impression de désordre, bénéficie d’une atmosphère qui, prise dans le tourbillon d’une mise en scène énergique, donne un spectacle original sur un sujet rarement abordé au théâtre.
"Dis leur que la vérité est belle" n’est pas sans défaut car, même si l’auteur a pris soin de ne pas tomber dans le folklore pied- noir, s’il a éliminé l’accent et des attitudes et comportement trop appuyés, il subsiste des moments de "bavardages" inutiles, redondants, et des envolées lyriques superflues. Mais le spectacle reflète bien l’état d’esprit qui régnait dans la communauté pied noir tant pendant la durée de la guerre qu’au moment du rapatriement des français traité sans pleurnicherie. Ici, la petite histoire d’une famille rejoint la grande en posant parfois sans en avoir l’air et courageusement de vraies questions sur le sujet.
Francis Dubois

Lucernaire Centre National d’art et d’essai
53 rue Notre Dame des Champs 75 006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)