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Un film de Christine Thépénier et Jean-François Priester.

"Disparaissez, les ouvriers !" Sortie en salles le 9 mai 2012

Quatre mois durant, les ouvriers de Legré-Mante ont occupé l’usine où ils travaillaient, leader sur le marché mondial de la fabrication d’acides tartriques.

Par leur action, ils dénonçaient une liquidation frauduleuse et réclamaient justice.

Ils ont été déboutés et ont également perdu le procès en appel de la décision du tribunal de commerce qui avait prononcé la liquidation judiciaire.

La disparition des bâtiments qui avaient été laissés à l’abandon et dans lesquels les ouvriers travaillaient dans des conditions de sécurité précaires depuis des années, était planifiée depuis longtemps pour des raisons de profit.

En effet, ceux-ci étaient situés dans un secteur idéalement placé, face à la mer et inclus dans le périmètre du futur parc des Calanques à Marseille.

Cette poignée d’ouvriers déterminés s’expriment ici comme les derniers survivants d’un monde exposés aux spéculateurs qui voudraient les voir disparaître.

Christine Thépénier habite dans le quartier où se situe cette usine. Elle a su qu’elle était en danger de fermeture et que les employés étaient menacés de licenciement par les inscriptions écrites sur les murs et qui exprimaient une vive colère.

Le projet d’un film réalisé en collaboration avec Jean-François Priester ne s’est pas imposé immédiatement. Il a commencé par de simples rencontres avec les grévistes qui ressemblaient plus à un témoignage de soutien. Des échanges réguliers avec eux ont suivi par lesquels se sont dévoilées les vraies raisons de la fermeture.

L’usine ne fermait pas parce qu’on n’avait plus besoin de ce qu’elle produisait, puisque le marché avec le Japon était florissant. On n’évoquait même pas des raisons écologiques qui auraient pu être un argument. Chacun savait qu’il y avait derrière le souci de faire disparaître l’usine et ses ouvriers, le projet juteux du Parc des Calanques.

Les deux réalisateurs ont écouté. Puis ils ont filmé. Bientôt mis en confiance, les ouvriers ont fait visiter l’usine, ont fait constater le degré de dégradation des locaux qui devenait, avec les conditions de travail dangereuses, un argument de plus pour obtenir la fermeture.

Bientôt s’est imposé, pour le duo de réalisateurs, le désir ou la nécessité d’accompagner les ouvriers en lutte jusqu’au bout.

La mise en scène s’est installée d’elle-même avec les ouvriers, tels Monsieur Vu ou Mario quand ils ont bien voulu refaire devant la caméra des gestes qu’ils avaient effectués des milliers de fois, quand ils retrouvaient les outils à l’endroit où ils les avaient laissés le jour où ils ont quitté leur poste de travail sans savoir que c’était la dernière fois qu’ils s’en servaient.

"Disparaissez, les ouvriers" est devenu un documentaire sur cette lutte mais, par sa construction, par la teneur de son propos, par sa particularité d’écoute, il n’est pas ce qu’on appelle un film frontalement militant. On y voit des hommes dans la force de l’âge subitement coupés de ce qui représentait une part importante de leur vie. Des hommes dans leur qualité humaine de travailleur, réfléchir seuls ou à plusieurs sur les enjeux de cette liquidation truquée, sur la condition de l’ouvrier face aux décisions qui lui échappent, patronales, politiques et judiciaires.

En franchissant les murs, le film donne les clés pour une meilleure compréhension de manœuvres cruelles, de démarches aveugles et destructrices dont l’objectif est de faire place nette pour arriver à des fins de profit.

Francis Dubois

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