Nouvelles internationales

Djibouti quand le confinement s’ajoute à la pauvreté et à l’oppression

Ce petit pays d’Afrique qui ne compte qu’un million habitants et aucune vie démocratique est confinée depuis le 1er avril. Nos collègues du SEP sur place, syndicat de l’éducation avec lequel nous menions avant la pandémie un programme de coopération, nous informent...

Les collègues du SEP nous font savoir que le confinement peine à être respecté. La coutume locale de partager le khât dans l’après-midi peut expliquer ce relâchement mais c’est aussi pour beaucoup de Djiboutiens la menace de la faim qui pousse hélas les plus pauvres à continuer leurs activités informelles ou à partir en ville à la recherche de distributions de nourriture gratuite. La ligue des droits d l’homme a dénoncé l’arrestation brutale et la détention de mères de famille de la commune de Balbala qui manifestaient le 28 avril dernier contre les mesures gouvernementales qui conduisaient des centaines de familles à souffrir de la faim.
Djibouti a été, de plus, durement touchée par des pluies torrentielles du 18 au 21 avril, qui ont causé des inondations et la destruction d’habitats précaires. Pendant quelques jours les oueds en crue ont coupé le centre-ville de la capitale du reste du pays, les coupures d’électricité et d’internet ont affecté toute la région.

En ce qui concerne l’extension de l’épidémie, Djibouti semble beaucoup plus touchée que ses voisins, l’Éthiopie ou la Somalie, avec plus de 1100 cas recensés au 1er mai, mais c’est, selon Ahmad Kadar Nour, secrétaire général du SEP, « parce que chez nous beaucoup de tests ont été réalisés, en particulier grâce à une aide allemande et turque, alors que l’Éthiopie ne teste quasiment personne ». La mortalité est pour le moment faible, avec deux décès seulement. Selon Ahmad Kadar Nour, « c’est lié à la jeunesse de notre population qui résiste sans doute mieux au virus, et peut-être à la diffusion de la chloroquine » qui était déjà largement distribuée dans la population car la zone est impaludée. « Pour le moment les cas les plus inquiétants, avec des complications, touchent des gens de plus de 50 ans ». Le système sanitaire est très fragile : « dans les hôpitaux on dénombre à peine 20 respirateurs, alors si l’épidémie flambe, on risque une hécatombe »nous disaient nos collègues djiboutiens début avril.

Les écoles sont fermées depuis le début du confinement et la « continuité pédagogique » est assurée par la télévision et la radio pour le primaire, avec l’appui d’une plate-forme numérique pour le secondaire et l’enseignement supérieur. Bien entendu, très peu d’élèves, en dehors des familles aisées ont accès au numérique. La télévision elle-même n’est pas présente dans tous les foyers et les militants du SEP qui ont des enfants en témoignent : « comment maintenir devant un poste de radio pendant 45 minutes ou une heure un enfant de 6 ans ? ». Pour Ahmad Kadar Nour, cette continuité pédagogique est une illusion.
Le gouvernement djiboutien a exigé de tous les fonctionnaires, sans aucune consultation syndicale, que 2 % des bas salaires des fonctionnaires et 4 % environ des salaires des hauts fonctionnaires soient dévolu à une fonds d’aide à la population pendant la durée de l’épidémie. La tradition d’entraide est forte à Djibouti et le SEP ne conteste pas cette mesure mais aurait souhaité avoir été associé à la décision et que soit garantie une utilisation rigoureuse et raisonnée des sommes ponctionnées.

Le gouvernement a prévu de déconfiner progressivement à partir du 8 mai. Le déconfinement se fera par quartiers, avec une vaste politique de tests : on prévoit plus de 7200 tests entre le 2 et le 5 mai : si cela était réalisé, cela permettrait d’avoir une idée précise de l’ampleur de l’épidémie par échantillonnage dans les cinq quartiers de la capitale. Des mesures d’isolement des foyers contaminés suivraient. Cependant, la population s’inquiète de la fiabilité des tests envoyés par la Chine. Il n’ y aura pas de reprise dans les écoles avant le 20 septembre. Mais le gouvernement djiboutien veut maintenir l’épreuve du baccalauréat qui a été reportée en août. Les enseignants ne savent pas précisément dans quelles conditions elle se déroulera, même s’ils sont prêts à venir en nombre pour surveiller. Il faudra trouver des grandes salles pour respecter la distanciation et la chaleur étouffante de Djibouti durant l’été fait craindre des conditions défavorables, en l’absence de brasseurs d’airs qui sont proscrits en raison de l’épidémie.

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