Actualité théâtrale

Manufacture des Abbesses

« Docteur Glas » Jusqu’au 27 septembre

Beaucoup moins connu que son compatriote de vingt ans son aîné, Strindberg, Hjalmar Söderberg est considéré comme un des grands auteurs scandinaves. Férocement critiqué pour son œuvre comme pour la vie qu’il a menée, il est surtout connu pour sa pièce Gertrud dont Carl Dreyer a tiré un film célèbre.

Le docteur Glas, médecin aisé, enfermé dans un univers bourgeois, soigne ses patients avec conscience, mais refuse de prendre des risques. L’amour pour une femme, qui pourtant en aime un autre, le conduit à se révolter contre le sort que la société de son temps réserve à la sexualité des femmes. On est en 1905, Freud a déjà beaucoup parlé du sujet. Le désir féminin et la volonté d’émancipation des femmes ne sont plus des tabous. Pourtant c’est sur ce sujet que ce médecin va abandonner son désir de ne surtout rien changer à son existence confortable et se laisser entraîner vers autre chose, en ne se résignant plus à l’injustice faite aux femmes. Pour autant, la tonalité de la pièce n’est pas dans la revendication. C’est une ambiance de tristesse, de désillusion, et de mélancolie qui domine dans les longs monologues du docteur Glas. Le texte est beau, parsemé de phrases dont on se souvient bien après avoir vu la pièce, comme celle-ci : « Nous voulons tous être aimés, à défaut être admirés, à défaut être redoutés, à défaut être haïs et méprisés. Nous voulons éveiller une émotion chez l’autre quelle qu’elle soit. L’âme frissonne devant le vide et recherche le contact à n’importe quel prix ».

John Paval poète et acteur américain, qui parle un français parfait, a adapté le roman de Söderberg pour deux acteurs. Hélène Darche a mis en scène ce duo dans un confortable intérieur bourgeois qui tranche avec la violence des sentiments qui agitent le docteur Glas et sa patiente. On peut regretter qu’elle abuse du noir et du silence pour marquer le passage d’une scène à l’autre, ce qui n’apporte rien et affaiblit la tension dramatique. John Paval, par son jeu très expressionniste, traduit bien l’évolution du docteur Glas. D’homme en qui quelque chose est mort avec la perte de son premier amour, il se transforme en homme prêt à tout pour une femme dont il n’ignore pas qu’elle en aime un autre. Sofia Efraimsson, qui lui donne la réplique, nous plonge dès le début dans l’atmosphère de la pièce. Discrète et délicate, elle chante en suédois une mélodie mélancolique, mêle quelques phrases en suédois à son texte et l’on est en Suède prêt à entrer dans l’histoire du docteur Glas.

Micheline Rousselet

Du jeudi au dimanche à 21h

La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, Paris 75008

Réservations : 01 42 33 42 03

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

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