Actualité théâtrale

Jusqu’au 17 avril au Théâtre de la Tempête

« Dom Juan »

Dom Juan ne se reconnaît ni Dieu ni maître. Il n’obéit qu’à ses désirs, met les autres, tous les autres, au service de son plaisir, se moque des vertus morales et des normes de la société. Chaque rencontre avec une femme est pour lui un défi. Il lui faut la vaincre quelles qu’en soient les conséquences. Il en vient à chercher si Dieu finira par lui fixer des limites. Il le provoque, il affiche son absence de peur et commet les actions les plus noires pour déchaîner la colère céleste.
Théâtre : Dom Juan
Dans notre époque où la liberté est vénérée et s’accompagne d’un individualisme exacerbé, où chacun tend à chercher la satisfaction de ses désirs sans trop s’occuper de l’autre, la pièce de Molière continue à résonner. On peut voir Dom Juan comme un homme moderne et bien des idées qui apparaissent dans la pièce trouvent un écho aujourd’hui : les relations entre les hommes et les femmes, les relations de classe, la question de l’honneur, qui même dans la pièce se loge dans le corps des femmes
Anne Coutureau a donc choisi d’inscrire la pièce de Molière dans l’époque actuelle. Pas de costumes XVIIème, mais des jeans et des sweats à capuche ou un costume-cravate. Quant à Elvire, elle arrive avec son blouson sur un vélo. Le ton gai du départ laisse peu à peu place à la noirceur. Elle est soulignée par l’installation des quelques éléments de décor par des ombres toutes de brun vêtues, capuche sur la tête et par les brumes qui enveloppent la scène dans la dernière partie. La très bonne idée de la metteure en scène a été de jouer des différences de classe entre Dom Juan et Sganarelle, en faisant de celui-ci un jeune de banlieue plein de tchatche, qui parle avec ses mains, tout son corps et un sens de la répartie qui fait mouche. Tigran Mekhitarian est remarquable dans ce rôle. Anne Coutureau a aussi choisi un Africain, Birane Ba, pour jouer Pierrot et on voit en lui un jeune des quartiers populaires tentant de garder sa fiancée face à un séducteur plus riche et plus roué.
Mais il y a aussi des lourdeurs dans la mise en scène et la fin très saint-sulpicienne choisie par Anne Coutureau apparaît tout à fait ratée. Ce Dom Juan pétrifié devant un Christ en croix, avec à sa gauche une Dona Elvire en voile blanc de nonne et des hommes qui nous tournent le dos devant des bancs, comme à la messe, contredit la simplicité et la grandeur tragique qui est chez Molière.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

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