Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 février au Théâtre de la Cité Internationale

« Dom Juan ou le festin de pierre »

Une adaptation du mythe de Don Juan et du texte de Molière d’une originalité et d’une force qui éveillent la réflexion et l’émotion. Même si Don Juan est un séducteur habile, il est loin de n’être que cela. Il se moque de tout, des femmes, de la famille, de Dieu. Libre, il fait sauter le verrou des règles de la bienséance. Il trompe tout le temps son monde, feint la repentance pour mieux rebondir et fait l’éloge de l’hypocrisie. Il est sans cesse dans la provocation et l’insolence. Sa fureur emporte tout et terrorise même Sganarelle. Il ne craint pas la mort et avance vers elle, prêt à aller au bout de ses provocations, drôle et tragique, colérique et déterminé.

Pour relire le mythe de Don Juan, Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra se sont surtout attachés au texte de Molière en se centrant sur les personnages essentiels : Dom Juan, son père, Sganarelle, Elvire, Charlotte la petite paysanne, le mendiant et bien sûr le Commandeur, mais sous une forme inattendue. Il y a désormais vingt ans que Jean Lambert-wild a crée le clown Gramblanc qui l’accompagne dans toutes ses créations. Sur scène Gramblanc n’est plus un simple clown blanc. Après avoir été Richard III, il est maintenant Dom Juan, oscillant entre tragédie et comédie, tout entier dans l’insolence, la transgression et la fureur. Le Dom Juan qu’incarne Jean Lambert-wild a le costume du clown mais revu façon XVIIIème siècle, le pantalon blanc à rayures bleues se transforme en culotte de mêmes couleurs et s’orne d’un jabot et de manches de dentelles. Dom Juan a le visage blanc et les cheveux rouges. Sganarelle n’est plus le seul personnage comique, Dom Juan l’accompagne avec un humour ravageur et inquiétant. Il en devient plus complexe.

Jean Lambert-wild et Stéphane Blanquet ont conçu une scénographie qui fait appel au savoir-faire des artisans du Limousin où la troupe est installée. Dom Juan évolue dans un univers psychédélique de tapisseries en point numérique d’Aubusson, évoquant des plantes monstrueuses qui semblent l’étouffer peu à peu. Chaussé de souliers en porcelaine de Limoges il s’élève au-dessus de la scène sur un escalier lui aussi en porcelaine. L’univers sonore crée par Jean-Luc Therminarias va du léger, avec des chants d’oiseaux, à l’inquiétant avec des rugissements et surtout les craquements sourds annonçant la présence du Commandeur. On retrouve l’univers du cirque avec un orchestre burlesque de trois musiciens contraints d’assister aux provocations de leur employeur. Tantôt participant à l’insolence de Dom Juan, tantôt effrayés par ses provocations, ils s’intègrent complètement à ce qui se joue sur la scène.

Le Dom Juan de Jean Lambert-wild est cynique, provocateur, cruel avec Elvire et avec son père. Il est menaçant brandissant son revolver contre tous ceux qui voudraient l’amener à un peu plus de soumission à la morale ou à Dieu. Son humanité, il ne la montrera que face au mendiant parce qu’il a brusquement vu en lui un homme qui, comme lui, refusait de se soumettre et restait attaché à ses valeurs, à l’opposé pourtant des siennes. Sganarelle est interprété par une femme Yaya Mbilé Bitang, vêtue de la tenue des squelettes de la fête des morts au Mexique. Sganarelle est la conscience qui tente de critiquer le cynisme et l’amoralité de Dom Juan. Entendre son discours dans la bouche d’une femme crée un trouble, d’autant plus que tout comme Dom Juan capable d’un élan de pitié, Sganarelle a ses fourberies. Quatre des quinze jeunes comédien.ne.s issus de l’École de Théâtre de L’académie de l’Union se relaient pour jouer tous les autres personnages.

Théâtre : Dom Juan

On ne verra pas le commandeur à la fin, pourtant il est bien là. On ne pourra pas oublier le corps de Dom Juan avec ses cheveux rouges et sa chemise blanche, terrassé sur le drap rouge qui recouvre la table du banquet car c’est dans sa rencontre avec la mort et le commandeur qui l’incarne que se révèle toute la détermination de Dom Juan, son refus de se soumettre et sa liberté absolue.

Micheline Rousselet

Lundi, mardi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h. Relâche mercredi et dimanche

Théâtre de la Cité Internationale

17 boulevard Jourdan, 75014 Paris

Réservations:01 43 13 50 50

5 et 6 mai à La Comédie de Caen

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