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Un film de Djinn Carrénard (France)

"Donoma" Sortie en salles le 23 novembre 2011

Djinn Carrenard s’était promis de réaliser son premier long métrage avant d’avoir atteint trente ans. Il a tenu parole et c’est ainsi qu’est né "Donoma" à propos duquel il est nécessaire de s’interroger.

Le film, et ce sera sans doute son argument commercial, son fonds de commerce, a été fabriqué avec en tout et pour tout 150 € en mettant sur pied une stratégie basée sur l’emprunt de matériel, le troc, des prêts, et surtout sur l’art de se passer de ce qui coûte de l’argent.

"Donoma" dont la conception et la sortie se font en pleine période de crise, va-t-il relancer le débat sur l’art et la création, s’accommodant le mieux du monde du manque de moyens et de la pauvreté et surmontant, les doigts dans le nez, le handicap.

C’est vrai que le film existe, qu’on pourra le voir sur nos écrans, qu’il sera projeté en avant-première, au Grand Rex, qu’ Abdellatif Kechiche l’a trouvé magnifique, intelligent et sensible.

"Donoma" est un film construit, structuré et il est probable que son réalisateur ne soit pas dénué de talent.

Il remet à plat les questionnements sur l’amour, les relations amoureuses, humaines, la religion, la non croyance, au moment où notre monde est en pleine mutation où toutes les certitudes s’effondrent, où on ne lutte plus (si on lutte encore) pour revendiquer un mieux mais pour éviter le pire.

L’intérêt du film est là, quand il reflète le malaise et la précarité en ce début de millénaire, mais on peut s’interroger à propos du premier quart d’heure du récit.

On y voit une prof d’espagnol trentenaire aux prises avec des élèves de BEP(?) peu intéressés par l’apprentissage d’une langue étrangère. L’un d’eux est une tête à claques et l’enseignante au langage et au comportement pour le moins discutables, veut avoir un entretien en tête à tête avec lui. Perdant pied face à la détermination négative de l’adolescent, elle finit par plonger sa main dans sa braguette, le masturbe et finit par l’humilier en essuyant sa mains souillée sur le visage du gamin. L’effet sera immédiat et du rebelle qu’il était, le jeune homme deviendra un agneau.

Faut-il voir le cas isolé d’une prof nymphomane attirée par la chair fraîche qu’elle a en face d’elle, le désarroi d’une enseignante ou le fait que l’éducation nationale n’est plus la garante de la morale la plus élémentaire ? Djinn Carranard a-t-il une réponse ?

Le reste du film peut comporter des moments sensibles, justes, adopter un caractère documentaire avec un face à face entre un couple provisoire et une assistante sociale devant trancher sur un cas ou non, de concubinage avéré, ce premier quart d’heure du film qui connaîtra plus tard une suite des plus douteuses aura définitivement catalogué "Donoma" comme un film dont les bons moments seraient accidentels et ses provocations puériles ou stupides, la démarche profonde de quelqu’un qui a des problèmes à régler avec l’école ou peut-être plus largement, avec la société en général.

Il est probable que le film de Djinn Carrénard trouvera un public. Ce qui est certain, c’est que le film confortera certains spectateurs que le monde dans lequel on vit est devenu un panier de crabes, un monde où l’on peut faire un vrai film sans le moindre sou…

 

Francis Dubois

 

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