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Un film de Yamini Lila Kumar (France)

"Doutes. Chronique du sentiment politique." Sortie en salles le 13 novembre 2013.

Chris et Judith ont la quarantaine passée. Le 9 juillet 2006, ils se retrouvent chez Paul et Albertine, d’une dizaine d’années leurs cadets, pour la retransmission de la Finale de le Coupe du Monde de football France - Italie.

Ils appartiennent tous le quatre à la tranche aisée des français politisés à gauche.

Chris est politologue, Paul journaliste, Judith historienne et Albertine, comédienne.

Le film de Yamini Lila Kumar va suivre ces quatre personnages 6 années durant, depuis la primaire socialiste de 2007 jusqu’au scrutin de la présidentielle de 2012, d’appartements en cafés, en passant par une loge de théâtre ou un cabinet de psychanalyste.

Entre certitudes et hésitations, points de rencontre et lignes de fuite, ils ne cesseront de mêler l’intime au commentaire sur l’actualité politique.

Il s’agit tour à tour, de relations amicales entre hommes, entre femmes, entre hommes et femmes, de relations amoureuses qui menacent de se dénouer en même temps que les espoirs en la gauche se renforcent ou se délitent.

Paul, privé d’horizon politique avec l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, ne se relèvera pas de sa déception.

Les autres continueront à avancer dans les brumes du doute.

"Doutes" est un film à tous points de vue, étonnant.

Étonnant par le ton des dialogues et des monologues très écrits, donnant dans les premières minutes du film l’impression d’être apprêtés, excessivement ponctués, d’autant qu’ils sont repris dans une musicalité assortie par les comédiens.

Pourtant, passés les premiers face à face, ce qui résonnait comme un parti-pris artificiel et appliqué s’impose comme étant la tonalité qui allait convenir, correspondre pleinement aux contenus des propos évoqués.

Le film prend sa vitesse de croisière sur une ligne totalement nouvelle.

Étonnant par ses gros plans qui nous font aller au plus près des personnages, déceler au-delà des mots, avec la direction d’un regard, un frémissement, le doute, l’interrogation ou la certitude.

Très vite, les personnages s’incarnent, se chargent de vérité, d’authenticité ; l’intime éclairant le politique et les prises de position politiques rejaillissant sur l’intime.

Plus tard, quand "l’énorme" s’invite ou que le drame survient, on se rend compte que le film était apte à les assimiler, qu’il avait "les épaules assez solides" pour les assumer.

"Doutes" passe par tous les événements qui ont marqué ces six années de la politique française et le ressenti d’électeurs socialistes de sensibilités différentes.

Avec le recul du temps, les commentaires font figure de lieux communs empreints d’une sorte de fatalisme. On y retrouve les signes d’un ressenti général, l’inquiétude face aux perspectives et aux échéances et ce doute ravageur qui touche à la politique en général et que l’avènement de la gauche est loin de faire disparaître.

L’abondance d’échanges verbaux directs mais toujours élégants n’en font pas moins de "Doutes" un film pathétique et cruel.

A voir pour l’originalité de son sujet et de son traitement.

Francis Dubois

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