Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 novembre au Théâtre Les déchargeurs

« Du luxe et de l’impuissance »

De Jean Luc Lagarce on connaît surtout les grandes pièces de théâtre, mais il y a bien d’autres textes, son journal, des articles et des éditoriaux commandés par des théâtres et des revues. Les pensées, les émotions retenues qu’on y trouve peuvent devenir du théâtre. C’est ce qu’a pensé Ivan Morane qui a décidé de mettre en scène ce recueil d’éditoriaux. Il y a toujours un personnage, il est chez lui, il sort, il fait retour sur lui-même, il regarde les autres, le monde, il réfléchit sur le rôle du théâtre, affirme son refus que tout soit spectacle et divertissement. Il aime la vie, se méfie des consensus mous, leur préfère les inimitiés assumées, essaie d’être lucide face aux petites lâchetés et à la difficulté de parler de soi et pas seulement des autres et « des questions que nous leur demandons de se poser ». Jean-Luc Lagarce y énonce son projet : « être dans la cité, avoir le droit de parler, raconter le monde, la part qui me revient, l’écrire et la mettre en scène ». Au final, tout est là, la vie et la mort aussi.
Théâtre : du luxe et de l'impuissance
La mise en scène est très sobre, une table de maquillage, un acteur, parfois accompagné de la voix off de Stanislas Nordey, Jean-Charles Mouveaux. Des projections en fond de scène nous renvoient de temps à autre au monde, à la beauté de paysages de montagne, à la barbarie des hommes avec des images de guerre, à l’art avec des portraits d’écrivains, à la violence sociale avec le portrait d’Alan Turing, le mathématicien qui a contribué à la victoire des Alliés en cassant le code utilisé par les Nazis, Enigma, mais qui s’est suicidé à la suite de poursuites judiciaires liées à son homosexualité.

Quand la pièce commence, Jean-Charles Mouveaux, un carnet à la main, lit des listes de résolutions qu’il déchire et jette. Parfois il en garde une, comme « résister ». La voix grave, il fait ressortir l’humanité profonde des textes, les éclairs d’un humour teinté de nostalgie qui s’y glissent. Des silences pudiques prolongent les mots parfois. A la fin, il dit « Nous nous aimons tels que nous avons patiemment décidé d’être. Nous trichons ». Il jette la dernière page du carnet, ramasse sa petite valise et s’éloigne très lentement dans une lumière très blanche, comme une ombre qui s’efface et c’est poignant.

Micheline Rousselet

Du jeudi au samedi à 18h

Théâtre Les Déchargeurs

3 rue des déchargeurs, 75001 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 36 00 50

www.lesdechargeurs.fr

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