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Un film de Rithy Panh (France-Cambodge)

"Duch, Le Maître des forges de l’Enfer" Sortie en salles le 18 janvier 2012

Entre 1975 et 1979, le régime Khmer rouge a assassiné environ 1,8 million de personnes, soit un quart de la population du Cambodge.

Durant quatre années, un homme, Kaing Guek Eav, dit Duch, a dirigé M3, une prison des maquis Khmers rouges, avant d’être nommé au Centre S 21 de Phnom Penh.

En qualité de secrétaire du parti, il a commandé une vraie machine de mort où ont péri, selon les archives restantes, 12 380 personnes. Sans compter les autres, disparues, réduites en poussière et dont il ne reste aucune trace.

Cet homme d’apparence paisible, non dénué d’un certain humour, exprime, face à la caméra du cinéaste Rithy Pahn, sa satisfaction d’avoir pleinement rempli la mission qui lui avait été confiée. Il cite sa foi dans l’idéologie de l’Anghar, son obsession du travail bien fait, le culte qu’il voue à la hiérarchie et son souci d’être apprécié de ses chefs.

Viennent ensuite, son goût du pouvoir, de la discipline et ses talents de pédagogue quand il s’est agi de former les ouvriers d’un crime collectif et silencieux.

Duch a été en 2009, le premier responsable Khmer rouge à être présenté devant les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens. Il a été condamné à trente-cinq ans d’emprisonnement et a fait appel de sa peine.

Duch trouve d’imparables justifications à l’atrocité de ses actes, autant dans le respect et la fidélité à Dieu que dans sa définition de la dignité humaine, et cet homme pousse l’absence d’émotion–c’est l’émotion qui conduit au remords et fait les mauvais tortionnaires, dit-il- jusqu’à affirmer qu’il est faux de croire aux signes des lignes de la main puisqu’il a pu, maintes fois, constater que certaines de ses victimes encore jeunes, possédaient une ligne de vie qui les destinaient à la longévité.

Rithy Pahn recueille la parole nue de cet homme dans l’intimité d’un tête à tête, interrompu par des images d’archives et quelques témoignages de survivants.

Au fil des évocations paisibles du tortionnaire souriant, se dessinent d’autant mieux les rouages d’un système de destruction de l’humain qui, à certains moments du récit, pour faire froid dans le dos, nous semble à portée de la main.

Jamais un film documentaire reposant pour l’essentiel sur un monologue, n’aura fait voir le crime autorisé et revendiqué, d’aussi près.

Francis Dubois

 

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