Actualité théâtrale

Jusqu’au 10 novembre au Théâtre de Poche Montparnasse

« Duras, la vie qui va »

Ils sont deux sur scène. Ils se rencontrent, ne semblent pas se connaître et pourtant il y a une grande connivence entre eux. Ils se disent, dans un joyeux désordre, tout ce qui leur passe par la tête sur les petits riens du quotidien, l’âge du chien, la circulation automobile, la vie conjugale, la mort du mari, etc.
C’est l’enchaînement des mots qui dicte les échanges et les digressions. Elle dit des choses qui semblent avoir l’évidence du bon sens. On démarre dans le registre du normal et insidieusement cela dérape et l’on vire de l’absurde à quelque chose d’un peu fou. Dans tous les cas, leurs propos sont décalés. Ils éclairent ce que peuvent avoir d’absurdes les dialogues de la vie quotidienne et révèlent les failles derrière les phrases toutes faites ou les sentiments convenus. Lorsqu’elle dit que son mari est mort juste quand il le fallait, pas une minute de plus ou de moins et qu’il lui demande comment elle savait que c’était exactement le moment qui convenait, elle lui répond que savoir que cette minute est la bonne est très difficile et qu’il faut chercher !
Claire Deluca et Jean-Marie Lehec ont rapproché des textes choisis dans divers recueils : Les eaux et forêts, Le Shaga, La vie matérielle, Outside, Le monde extérieur, Ecrire et Les Yeux verts. On y trouve les thèmes habituels chez Duras, la solitude, l’amour, le crime, la folie mais on y découvre aussi une Marguerite Duras inattendue, pleine d’une folie innocente, tendre et tellement drôle. Ils sont deux, mais en fait chacun d’eux est multiple. Marguerite Duras disait : « Ce sont des gens qui parlent et que la parole entraîne. Qu’est-ce qu’ils ont en commun ? Une certaine folie. Il y a là-dedans une gaîté essentielle, un pessimisme très joyeux. Un pessimisme qui a le fou rire si vous voulez. Au fond de tout cela, bien sûr, il y a une intuition de l’absurdité… ».
Claire Deluca a interprété Duras dès les années 1960 et a établi avec elle une relation suffisamment forte pour que cette dernière lui offre deux projets Le Shaga et Yes, peut-être que Claire Deluca a crée en 1968. Elle assure le dérapage tranquille de l’imaginaire vers l’absurde, du quotidien vers une douce folie avec un calme et une simplicité tels que tout devient évident et que l’humour emporte tout. Elle a trouvé en Jean-Marie Lehec le complice qu’il lui fallait pour ce délire où la parole de l’un entraîne celle de l’autre. Tous les deux nous offrent un magnifique cadeau de rentrée, une Duras méconnue, très drôle, qu’ils interprètent avec une telle évidence qu’on n’imagine même plus autre chose.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h30
Théâtre de Poche Montparnasse
75 bd du Montparnasse, 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 50 21
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours
www.theatredepoche-montparnasse.com

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