Année 2019-2020

E3C : Un bac au rabais ? (Amiens)

- Des épreuves « maison »

Comme l’a confirmé la note ministérielle, le flou est volontairement entretenu au niveau national ou même académique, laissant toute liberté aux chefs d’établissement pour l’organisation des E3C, qui compteront à hauteur de 30 % dans le bac Blanquer. Ainsi, si la composition de l’ensemble des classes sur un même sujet, à la même date et à la même heure devrait être la norme, il n’est toutefois pas totalement exclu de multiplier les créneaux de convocations et donc les sujets ! En outre, la non-banalisation des cours pour les autres élèves du lycée est largement encouragée, avec pour conséquences l’absence de salle au format examen et le seul professeur comme surveillant : comment, dès lors, garantir la régularité des épreuves ?

- L’impréparation totale de la session 2020

Un énième retard de l’ouverture de la banque nationale de sujets a été annoncé ; elle est enfin accessible depuis le 9/12 (« afin de ne pas [n]ous soumettre à une contrainte temporelle trop forte » précise le mail en provenance du rectorat !!!). En attendant, nous ne pouvons ni mener à bien une progression annuelle digne de ce nom ni anticiper sur le niveau d’exigence attendu ou la formalisation concrète des sujets, alors même que les premières E3C sont censées se dérouler dans quelques semaines…

De façon générale, on ne peut qu’être inquiet au vu du calendrier infernal qui se profile, faisant alterner épreuves et commissions d’harmonisation, sans compter les rattrapages... En effet, la première série d’E3C est programmée dans notre académie sur 5 semaines, la 5ème semaine étant consacrée à la correction et à la mise en place d’une épreuve de rattrapage des « absents »... Et à moyen terme, un autre point se révèle particulièrement alarmant : la programmation des épreuves de spécialité de Terminale dès la rentrée des vacances de février, ce qui réduirait à peau de chagrin le temps d’enseignements pourtant coefficientés à 16 chacun.

- Une évaluation bureaucratisée qui suscite de nombreux questionnements

▪ Quel degré de pression s’exercera sur des correcteurs facilement identifiables et par les élèves, et par les parents, et par leur administration ?

▪ Comment envisager l’évaluation comme formative, quand on prévoit déjà de nous adresser un certain nombre de directives visant à limiter le nombre de contestations (pas de corrigé ni de grille avec un barème trop précis, ne pas annoter les marges, ne rédiger qu’une appréciation générale) ?

▪ Quelles conditions de travail pour la correction de copies dématérialisées (fatigue physique, temps de correction prolongée) ? Si la dématérialisation ne semble pas considérée comme problématique d’un point de vue médical par les instances académiques, elle sera à coup sûr l’occasion d’une surveillance accrue des correcteurs, qui verront sans cesse à l’écran la moyenne académique qu’ils seront « invités » à rejoindre...

▪ La question de l’équipement des correcteurs ne semble pas avoir été anticipée non plus ; le SNES-FSU a en tout cas suggéré que la Région finance aux enseignant·es le matériel de correction nécessaire à la correction des copies numérisées.

▪ Et enfin, quid des indemnités ? Lors du comité de suivi sur la réforme des lycées, on nous a précisé que la rémunération de la correction était « prévue mais pas encore fixée précisément et probablement inférieure à 5€ la copie ». Il est urgent pour le ministère d’annoncer s’il entend ou non appliquer les textes en vigueur sur la rémunération pour participation aux travaux des jurys des examens.

Les incertitudes concernant les E3C et les difficultés multiples de leur mise en œuvre confirment que le mot d’ordre du SNES-FSU : la suppression des E3C et le retour à des épreuves terminales, nationales et anonymes est la seule solution pour garantir le caractère national du Baccalauréat.

Emmanuel Rousseau, Coralie Tery, Jessica Campain

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