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Un film de Robin Campillo (France)

"Eastern boys" Sortie en salles le 2 avril 2014.

Daniel aborde Marek, un jeune ukrainien, dans l’enceinte de la gare du Nord où celui-ci traîne avec une bande à l’affût de larcins ou, à l’occasion, d’actes répréhensibles plus conséquents.

Confiant, il lui fixe rendez-vous chez lui pour le lendemain.

Mais au lieu de Marek, c’est un gamin mineur qui frappe à la porte. Daniel, passible de racolage à caractère pédophile, est pris au piège.

Bientôt son appartement est envahi par une foule de jeunes gens qui chargent dans une camionnette stationnée au bas de l’immeuble tout ce que l’appartement contient d’objets de valeur négociables.

Passé l’épreuve du saccage, Daniel qui a eu, pendant toute la durée des faits un comportement stoïque, reprend confiance et quand Marek se présente seul à sa porte quelques jours plus tard, il l’accueille et, contre cinquante euros, fait l’amour avec lui.

Leur relation mercantile se poursuit en cachette du reste de la bande. Le silence de Marek est une précaution nécessaire, mais c’est aussi le signe qu’il s’attache chaque fois un peu plus à Daniel auprès de qui il trouve confort et affection.

Les premières séquences du film, celle qui rend compte du fourmillement de la gare du Nord, des allées et venues incessantes qui agitent les vastes halls, du comportement ludique de la bande des jeunes gens et plus tard, celle de l’invasion de l’appartement qui se déroule sous le regard de Daniel sont menées comme de minutieuses et inlassables chorégraphies avec la complicité fluide de la caméra.

Il sera difficile d’oublier le regard à la fois perdu et presque paisible du quadragénaire face aux agissements désordonnés d’une bande de pillards joyeux, égrillards qui investissent chaque pièce avec une arrogance sans limites.

Plus tard, les visites régulières de Marek, la familiarité qui s’installe entre le jeune homme et l’espace, entre lui et son amant, écartent progressivement le risque du danger qui planait et lorsque, derrière le personnage du voyou se dessinent la solitude, le désarroi profond du déracinement et de la non appartenance à une communauté stable, le récit prend une autre tournure.

La tendresse et la confiance mutuelle s’invitent.

Dorénavant, Daniel qui s’est attaché à Marek et avec qui des liens filiaux commencent à se tisser s’éloigne du désir qui l’avait amené initialement à la rencontre.

Avec la dernière partie du film qui se passe dans un de ces hôtels d’accueil de la périphérie où se trouvent mêlés les migrants en attente de quelque solution et des bandes de marginaux maraudeurs moins recommandables, on flirte avec le film de genre.

"Eastern Boys" est un film troublant qui nous entraîne vers des solitudes aussi profondes que masquées. Celle où se trouve isolé un homosexuel incertain en mal de paternité, celle où s’agitent des marginaux qui échappent à toute règle et toute morale pour tenter d’exister, celle qu’on connaît à vingt ans à peine quand la guerre qui a coûté la vie à une partie de sa famille a laissé des traces indélébiles.

Francis Dubois

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