Actualité théâtrale

Théâtre Ouvert, Centre National des Dramaturgies Contemporaines, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 31 octobre 2013.

"Ébauche d’un portrait" d’après le journal de Jean-Luc Lagarce, "Correspondances et entretiens avec Attoun et Attounette." Collage, mise en scène, mise en espace François Berreur.

Le 25 juin 1976, un étudiant en philosophie de Valentigney près de Besançon, adresse un manuscrit à Lucien Attoun directeur de Théâtre Ouvert en espérant que "celui-ci voudra bien s’y intéresser".

Il n’y avait pas à l’époque, d’autres adresses pour faire connaître de nouveaux auteurs.

Lucien Attoun anime sur France-Culture une émission au cours de laquelle les "jeunes" textes sélectionnés par un comité de lecture, sont livrés aux auditeurs.

Ce fin lecteur a débusqué un style personnel dans cette première pièce qu’il reçoit.

Cet échange de lettres débouchera pour Jean-Luc Lagarce sur vingt ans de correspondance avec Lucien Attoun et également avec Micheline son épouse et collaboratrice qui partagera, à propos du jeune auteur, le même sentiment d’une vraie découverte.

En même temps qu’il avait une correspondance suivie avec ce couple fou de théâtre et de découvertes (Il y eut Koltés et bien d’autres), Jean-Luc Lagarce tenait un journal à travers lequel se dessinait le portrait d’un homme qui consacrait sa vie au théâtre, se projetait dans l’éternité d’une œuvre qui, quarante années plus tard, allait devenir essentielle.

Théâtre Ouvert donne en alternance et pour quelques représentations, en intégrale " L’ébauche d’un portrait" d’après le journal de J.L. Lagarce et "Correspondances et entre tiens avec Attoun et Attounette" pour le plus grand bonheur des spectateurs qui se retrouvent au Jardin d’Hiver, ce théâtre qui jouxte le Moulin Rouge, lieu hanté par le souvenir de Jacques Prévert ou de Boris Vian qui y séjournèrent.

Le bonheur du spectateur est double.

Il l’est dans le plaisir de se retrouver dans cet endroit intime et chaleureux qui fait figure de parenthèse dans le paysage théâtral parisien.

Il l’est par la qualité des deux spectacles et par l’émotion qui se dégage de textes se partageant de la plus belle façon entre la sensibilité et un humour où, à travers le ton d’auto-dérision, on peut lire les signes de la mort qui rôde.

Comment devient-on un jour l’un des auteurs contemporains les plus importants ?

Dans le cas de Jean-Luc Lagarce, cela tient à son talent, la singularité de son écriture (originalité de la syntaxe, atmosphères des récits, contour des personnages), à la pugnacité du couple Attoun pour faire entrer dans la grande cour du théâtre, un auteur dont ils avaient très tôt décelé les qualités ; à la façon dont J.L. Lagarce a su faire face à ses espoirs, ses déceptions, les rebondissements, ses doutes permanents.

Il ne faut pas manquer ces deux spectacles où Laurent Poitrenaux dit des extraits du journal dans le premier et dans le deuxième, répond aux "voix épistolaires" de Lucien et de Micheline Attoun (Attoun et Attounette comme les appelait tendrement Jean-Luc Lagarce), d’Eugène Ionesco, revit le déroulement d’émissions de France culture auxquelles l’auteur a participé. Dans les dernières minutes du spectacle apparaît Mireille Herbstmeyer, la complice des tout débuts de la compagnie "La Roulotte" qu’elle créa avec Lagarce à Besançon et qui joua dans nombreuses de ses mises en scène. Elle dit un court texte dans un état de grande émotion qui saisit et, l’espace d’un instant, redonne vie à l’ami disparu trop tôt.

Deux très beaux moments de théâtre mais aussi un beau mouvement de reconnaissance à l’égard de Lucien et Micheline Attoun à qui le théâtre contemporain doit tellement !

Francis Dubois

Théâtre Ouvert, Jardin d’Hiver, 4 Cité Véron 75 018 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 42 55 55 50

www.theatre-ouvert.net

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)