Actualité théâtrale

Depuis le 15 septembre au Théâtre du Palais Royal

« Edmond »

En 1897, Edmond Rostand est déprimé en raison du récent échec de sa pièce en vers. En dépit de l’amitié et de l’admiration de Sarah Bernhardt, alors au sommet de sa gloire, il n’arrive plus à écrire et vit avec sa femme et ses deux enfants dans la pauvreté. Brusquement un acteur célèbre, Constant Coquelin, ami de l’actrice lui commande une pièce en vers. Ce doit être une comédie, elle doit être prête pour être jouée pour les fêtes. Or on est déjà début décembre, Edmond n’a qu’un titre et un personnage, Cyrano et il n’a pas encore écrit un vers ! Pris à la gorge, il accepte et s’attelle au travail. En dépit du manque d’enthousiasme de son entourage, des sollicitations incessantes de son ami qui a besoin de son talent pour réussir dans ses entreprises amoureuses, des caprices des actrices, des exigences des producteurs (corses) et de la jalousie de sa femme il va réussir à écrire et créer son chef-d’œuvre, une pièce monstre en cinq actes avec une scène de bataille, un duel et 100 personnes sur scène. La pièce déchaînera l’enthousiasme avec vingt minutes de rappel et son succès ne s’est pas démenti depuis.
Alexis Michalik, auteur et metteur en scène, dont le succès ne se dément pas et qui a déjà obtenu trois Molières, s’est intéressé à Edmond Rostand et nous raconte la genèse, imaginaire mais tellement séduisante, de cette première mythique de Cyrano. Il imagine un Edmond faisant son miel de la situation de son ami Léo, séducteur sans esprit, pour qui il écrit des lettres d’amour ou rebondissant sur les réparties gouailleuses du cafetier Monsieur Honoré. Il fait des producteurs des sortes de mafieux corses, propriétaires de maisons closes, imposant leur maîtresse comme actrice. Il nous offre un Edmond exténué par son environnement envahissant et qui, pourtant, avance au milieu de tous ces écueils.
culture/théâtre
Dans des décors chargés qui changent sans cesse avec une rapidité qui fait tourner la tête, des espaces divers apparaissent, chambre d’Edmond, scène de théâtre, coulisses, renvoyant à la période de création de la pièce, mais avec un léger décalage qui évite tout réalisme. Alexis Michalik a su retrouver l’esprit des grandes épopées théâtrales du XIXème siècle avec un vrai travail de troupe (il y a douze comédiens sur scène) et pourtant ce n’est en rien daté. Il y a du recul, de l’humour et l’on rit beaucoup des mésaventures d’Edmond. Tous les comédiens mériteraient d’être cités. Il y a bien sûr Guillaume Sentou qui crée un Edmond pris dans ce tourbillon, mais qui toujours retrouve son équilibre pour avancer sa pièce. Pierre Forest est Constant Coquelin, l’acteur tonitruant et rebelle qui joue Cyrano et Christine Bonnard (Roxane) est la comédienne capricieuse, qui se lamente que la pièce ne cesse de s’allonger, l’obligeant à apprendre de plus en plus de vers. Valérie Vogt incarne une Sarah Bernhardt, diva de caractère et vrai tourbillon (il faut la voir écourtant les rappels de sa propre pièce pour pouvoir aller voir le dernier acte de Cyrano). Christian Mulot et Pierre Benezit campent les deux producteurs, caricatures de maffieux corses hilarants.
C’est un magnifique hommage à Edmond Rostand et à son Cyrano, plein de rires et d’émotion. Courez-y !
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h30
Théâtre du Palais Royal
38 rue de Montpensier, 75001 Paris
Réservation : 01 42 97 40 00
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)
  • « Sganarelle ou le cocu imaginaire »
    Dans la jolie salle en bois du théâtre de l’Épée de Bois, la Compagnie Aigle de sable présente une pièce de Molière de 1660 où l’on trouve encore des éléments de la commedia dell’arte mais où Molière... Lire la suite (10 mars)
  • « Le quai de Ouistreham »
    Florence Aubenas, grand reporter, travaillait pour Libération quand elle a été capturée et retenue plusieurs mois en otage en Irak. Après son retour, elle a quitté Libération pour le Nouvel... Lire la suite (8 mars)