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Un film de Safinez Bousbia (France)

« El Gusto » Sortie en salles le 11 janvier 2012

En 2003, Safinez Bousbia, diplômée en architecture et titulaire d’un master de design, ne se destinait nullement au cinéma.

Au cours d’un séjour en Algérie, au hasard des ruelles de la Casbah, elle rencontre un artisan miroitier avec qui elle lie conversation. Il se trouve que Monsieur Ferkaoui, musicien célèbre dans l’Algérie des années 50, fut un des pionniers de la musique Chaâbi.

Cette musique populaire née de la rue et des cafés, mêlant chants berbères, andalous et religieux, le vieux miroitier l’a apprise au Conservatoire d’Alger, dans une des classes de son fondateur, El Anka.

C’est dans ce même conservatoire, sous la direction du même professeur, qu’il se lie d’amitié avec d’autres musiciens juifs et arabes.

La guerre et la dispersion du groupe en 1962, au moment de l’indépendance du pays, auront raison de l’exercice de leur passion commune. Mais le vieil homme possède des photographies, témoins de l’époque, des noms, de nombreux souvenirs et Safinez Bousbia se sent soudain nantie d’une mission. Celle de retrouver les musiciens de l’époque encore vivants, des deux côtés de la Méditerranée, et d’organiser une rencontre pour un concert de retrouvailles.

Le projet du film est né et il ne reste plus à l’apprentie cinéaste qu’à retrousser les manches.

Les démarches nécessiteront plusieurs années de recherches et un acharnement à toute épreuve.

Le point de ralliement choisi est Marseille et au bout de deux ans, quarante musiciens de l’orchestre de la première classe de musique Chaâbi d’Alger se trouvent réunis.

Le film passe par un parcours succinct de chacun des protagonistes pendant ces cinquante années au cours desquelles, l’instrument de certains d’entre eux, rangé dans un placard, était tombée aux oubliettes du temps.

C’est autour des premières retrouvailles, de la surprise de découvrir, pour ceux qui avaient continué à habiter Alger, qu’ils auraient pu à tout instant renouer le contact et reconduire leur passion pour la musique Chaâbi, que le film se construit.

Le spectateur prend la mesure de l’importance qu’avait à l’époque la musique pour ces passionnés du genre, avec l’émotion qui s’invite à la moindre embrassade, ou à l’évocation des souvenirs. Car cette émotion, celle qu’ils vivent et celle que le spectateur ressent, est à l’état brut, naturelle et joviale, sans le moindre excès de sensiblerie.

Juifs et arabes se retrouvent avec la spontanéité intacte qui les liait, cinquante années auparavant.

Le souvenir est une chose et le projet de refaire tous ensemble un concert en est une autre.L’arrivée à Marseille, le groupe qui se reforme petit à petit, la découverte du Théâtre du Gymnase où ils vont se produire sans savoir si la musique Chaâbi, leur musique, a encore droit de cité, sont des moments de plaisir partagé et de sincère émotion.

Le film touchera un public sensible à cette forme de musque, mais sa valeur universelle de défi aux cloisonnements raciaux ou religieux peut intéresser un public beaucoup plus vaste.

Francis Dubois

 

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