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"El Otro" (L’autre) Un film de Ariel Rotter (Argentine-France-Allemagne). Sortie en salles le 8 octobre

Juan Desouza, la quarantaine, est à un tournant de sa vie. Au moment où il doit faire face à la maladie de son père devenu dépendant, sa compagne lui annonce qu’elle est enceinte. Si la lâcheté a tendance à prendre le dessus, il se résigne toutefois à faire face. Or, au cours d’un voyage en autocar, l’homme qui se trouvait assis à côté de lui, meurt subitement. Le désir profond de Juan de fuir les responsabilités qui lui incombent, le pousse à endosser l’identité du mort. C’est d’abord un jeu qui ne l’engage pas. C’est bientôt une réalité, un engrenage et la tentation d’aller un peu plus loin…
On ne peut pas dire que le sujet du film, un homme à un moment charnière de sa vie, mis face à ses responsabilités, soit très neuf. La peur de l’engagement, la peur de la paternité, la peur de devoir prendre en charge la maladie d’un vieux parent qui mettent le personnage au pied du mur, ont fait l’objet de nombreux films. L’impossibilité d’échapper aux échéances de la vie. La lâcheté de l’homme, son égoïsme naturel… Mais ici, le traitement pour lequel opte Ariel Rotter renouvelle complètement le sujet. C’est le regard, la perception de Juan qui donnent forme au film. C’est à travers son regard que les choses existent ou qu’elles cessent d’exister.
La nouvelle identité de Juan le séduit. Il y trouve un apaisement qui écarte totalement le remords et les scrupules. Sa nouvelle vie est parsemée de rencontres. Il redécouvre le plaisir de la séduction et trouve dans sa nouvelle identité précaire, une sorte de bercement confortable à son existence.
Il faudra que le subterfuge et le mensonge le confrontent à la mort pour qu’il se réveille et revienne à sa propre histoire, qu’il retrouve la volonté de venir en aide à son vieux père et qu’il ressente une émotion toute neuve à regarder, pendant son sommeil, le ventre gonflé de sa compagne.
Qu’arriverait-il si nous n’étions pas seulement la personne que nous sommes, si nous pouvions à notre guise endosser une autre identité que le nôtre. Ne serait-ce pas le moyen de se redécouvrir, de revisiter nos goûts, nos désirs, nos plaisirs. Juan Desouza sort gagnant de cette aventure passagère.
Ariel Roter réussit, sur un sujet rebattu mais ici méconnaissable, une œuvre forte et personnelle. Il est aidé dans sa démarche par un comédien remarquable, Julio Chavez, dont on avait pu apprécier la force du jeu dans Un oso rojo de Adrian Gaetano en 2002, et dans El Custodio de Rodrigo Moreno en 2007.
Francis Dubois

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