Actualité théâtrale

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 29 janvier 2012

"El ano de Ricardo" un spectacle de et par Angélica Liddell Partenaire Réduc’snes

"Comment aurait été Lénine s’il n’avait pas été malade ?" interroge dans " El ano de Ricardo ", Angélica Liddell.

Et c’est sur la réponse à cette question que repose le spectacle qu’elle propose en compagnie d’un comparse, intervenant épisodique, pendant deux heures, sur le plateau de la salle Jean Tardieu, au théâtre du Rond-Point.

Pour dénoncer le goût du pouvoir qui conduit aux dictatures, les dérapages cruels de notre monde malade qui s’engouffre en connaissance de cause sur les voies suicidaires qu’on connaît, sans le moindre désir de les éviter, Angélica Liddell s’inspire du Richard III de Shakespeare, monstre sanguinaire, proche des tyrans d’aujourd’hui, devenus maîtres dans l’art de déguiser leurs crimes sous un léger trompe-l’œil de démocratie.

Notre monde malade est-il le fruit de pathologies privées ? Les rapports entre corps et pouvoir, entre la sphère privée et la sphère publique, c’est ce sur quoi reposent les agissements de l’énigmatique et redoutable Ricardo.

Est-il monstre ou bête sauvage ou simplement un homme dont la simple condition d’humain ne le satisfait pas, et qu’une soif d’autorité conduit à l’utilisation abusive du pouvoir et de la cruauté.

Le propos de la dramaturge espagnole n’est peut-être pas, au final, une réflexion sur le pouvoir mais une réflexion sur l’humain qui transforme son sentiment d’infériorité en violence.

Une autre question que peut se poser le spectateur au sortir de la représentation serait à propos du parti pris même du spectacle et de sa construction.

En dehors de la démonstration d’interprète de sa conceptrice qui force l’admiration, faut-il voir un manifeste, un geste engagé ou une performance artistique ?

Elle donne à voir un spectacle "trash", nauséeux, où l’apparence du corps et des choses n’est pas belle à voir. La tenue débraillée de l’actrice, sa gestuelle négligée, son comportement insolent, parfois grossier ou obscène, sont-ils là pour soutenir son propos de révolte ou bien font-ils partie du processus créatif cédant à une mode, une tendance artistique ?

Angélica Liddell travaille sur le même terrain que Rodrigo Garcia. Certains verront un plus, dans sa démarche de provocation. D’autres diront que le parti pris de son travail réduit la portée de son discours.

A voir.

Francis Dubois

 

Théâtre du Rond-Point

2 bis avenue Franklin Roosevelt - Paris 75008

www.theatredurondpoint.fr

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21

 

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mary said what she said »
    Robert Wilson a offert le trône de Marie Stuart à Isabelle Huppert, une comédienne avec laquelle il se sent beaucoup d’affinités car elle comprend ce qu’il veut faire sans avoir besoin de beaucoup... Lire la suite (15 juin)
  • « Huckleberry Finn »
    Ce roman est considéré comme le chef d’œuvre de Mark Twain. L’histoire, qui se situe dans les années 1850 avant la guerre de sécession, est celle de Huckleberry Finn , un gamin si maltraité par son père... Lire la suite (7 juin)
  • L’école des femmes en accès libre sur internet
    Le spectacle L’école des femmes crée à l’Odéon en novembre 2018 avec une mise en scène de Stéphane Braunschweig est disponible en accès libre sur le site internet du théâtre et sur la plateforme Vimeo... Lire la suite (7 juin)
  • « Le champ des possibles »
    Après ses deux premiers spectacles ( La banane américaine, consacré à l’enfance et Pour que tu m’aimes encore, à l’adolescence), qui ont connu un joli succès, Élise Noiraud se consacre, avec ce nouvel... Lire la suite (6 juin)
  • « Charlotte »
    Charlotte Salomon naît en 1917 dans une famille juive aisée avec un père médecin et professeur d’Université. Sa mère meurt alors qu’elle n’a que neuf ans et elle n’apprendra que bien plus tard qu’elle... Lire la suite (5 juin)