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"El asaltante" un film de Pablo Fendrik - sortie en salles le 11 juin

"El asaltante" (Argentine 65’) couvre deux heures trente dans la vie banale d’un homme, enseignant -directeur d’école ?- dans un établissement public. Se rend-il dans un établissement privé pour y commettre un hold-up ? Dans quel but ? Guidé par quelle démarche politique ou de simple vengeance ? Une jeune fille qui croise son chemin a-t-elle découvert le projet dont il a établi le plan depuis longtemps ? Quels rapports existent entre elle et lui pour justifier un lien, une complicité ou un réel conflit ?
Ce qui se passe à l’image tient en haleine alors même que les éléments obscurs de la narration déroutent constamment du chemin qui paraissait être la bonne voie pour cerner l’histoire et le personnage. Peut-être simplement parce que le spectateur devient le témoin des moments intimes de cet homme élégant et digne mais qui, au hasard d’une inquiétude, un instant d’angoisse, perd tout à coup de sa prestance et montre les premiers signes d’une dérive incontrôlée ou d’une démarche volontaire.
Il y a sans doute plusieurs façons de suivre la marche du film et il est probable que la façon dont on perçoit les toutes premières images donne des éclairages différents sur la suite du récit.
Alors que le spectateur collé aux basques du personnage peut endosser tour à tour le rôle de voyeur ou de protecteur, avec bonne ou mauvaise conscience, on se demande comment un film qui multiplie les fausses pistes et déroute sans cesse peut captiver autant que le fait "El asaltante" ? Il y a la magie de la mise en scène de Pablo Fendrik qui signe ici son premier film, la façon de suivre au plus près cet être étranger-familier, de capter la fragilité, le désarroi ou le désespoir d’un homme qui marche devant nous, qui fuit pour se perdre et l’instant d’après trouver dans un autre équilibre, une nouvelle cohérence. Et il y a l’acteur remarquable, Arturo Goetz, capable par un geste, un regard, de donner un nouvel éclairage à son personnage, de le livrer ou de le garder secret, d’établir une intimité ou d’augmenter la distance jusqu’au flou, jusqu’à perdre de vue ce qu’on croyait avoir appris de lui.
El Asaltante est l’histoire d’une vie banale dont on a partagé un moment de brusquerie. Il fallait pour tenir le pari de conduire sans faillir une telle narration, un cinéaste de talent. On attend avec impatience "La sangre brota", le prochain film de Pablo Fendrik.
Francis Dubois

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