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Un film de Herman Belon (Argentine-Italie-France)

"El campo" Sortie en salles le 13 juin 2012

Elisa et Santiago, la trentaine passée, vivent avec leur petite fille de deux ans à Buenos- Aires. Ils ont pris la décision, avec l’acquisition d’une maison à la campagne, de changer leur cadre de vie.

La maison qu’ils ont achetée à la campagne, en bordure de forêt, même si elle est en l’état vivable, a besoin qu’on y fasse de gros travaux de rénovation.

En attendant d’entreprendre quoi que ce soit, ils décident d’y passer quelques jours pour s’habituer aux lieux et évaluer plus précisément l’importance du prochain chantier.

Si Santiago est là comme un poisson dans l’eau, il n’en est pas de même pour Elisa qui, éloignée de la grande ville, éprouve au fil des jours, un malaise grandissant.

Tout, à l’intérieur de la maison et aux alentours, lui paraît hostile et elle est saisie de mauvais pressentiments.

Les bruits de la nuit l’inquiètent, elle prête à la vieille voisine pourtant accueillante et dévouée, des intentions malveillantes et le moindre contretemps prend pour elle des allures de drame.

Le sujet de la maison restée longtemps inhabitée et qui se révèle hostile aux nouveaux arrivants n’est pas neuf et le premier quart d’heure du film laisse présager un récit à base de lieux communs et de clichés liés aux codes du film fantastique sans que rien pourtant, dans le déroulement du récit, ne vienne prouver qu’on est dans un suspense annonciateur d’un film d’horreur.

Mais Herman Belon qui a sans doute flairé le danger et pris la mesure des risques que menaçaient un tel sujet, contourne les difficultés en jouant sur le contraste avec lequel il traite ses deux personnages.

Très vite, la vitalité, la bonne humeur, l’assurance dont fait preuve Santiago désamorce, même s’il les laisse persister, les inquiétudes d’Elisa. Et en conduisant son récit à cheval sur deux options, le malaise d’ Elisa immédiatement lié à l’hostilité qu’elle éprouve pour la demeure et la déprime qu’on voit poindre chez la femme conjugalement à la croisée des chemins, il déjoue tous les pièges.

Les clichés à propos de l’épouse qui s’interroge sur la solidité de son couple, sur le projet de faire ou non un second enfant, qui envisage le divorce comme une possibilité, ont très vite raison de ceux qui nous avaient mis sur la voie du film d’épouvante.

Et lorsque, après qu’un grand tumulte ait menacé le couple, Elisa retrouve la sérénité et l’apaisement, tout ce qu’elle ressentait comme une menace fond comme neige au soleil, le voile sombre qui obscurcissait la maison est levé, chaque chose reprend sa place et "El campo" devient un véritable cadre de vie possible.

Le film d’Herman Belon avance au plus près de ses personnages. Il les met au pied du mur en les confrontant à un quotidien ordinaire, à des questionnements simplistes et les conduit doucement jusqu’au bord du gouffre, juste assez près de la chute, pour qu’ils puissent enfin se révéler à eux-mêmes.

Francis Dubois

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