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Un film de Santiago Mitre (Argentine)

"El estudiante" Sortie en salles le 23 janvier 2013

Roque, un jeune provincial aux projets indécis, débarque à Buenos Aires pour ses études. Peu motivé par la fréquentation des amphithéâtres, il préfère passer son temps à séduire les filles et à errer dans les couloirs de la faculté.

Après plusieurs aventures amoureuses éphémères, il finit par tomber amoureux de Paula, une jeune professeure engagée politiquement.

Avec elle, il découvre le militantisme et se rapproche du syndicalisme étudiant.

Avec Alberto, un ancien politique, il va apprendre les codes, devenir un leader, connaître les coulisses de l’engagement et l’enivrement du goût du pouvoir.

Pour son premier long métrage, Santiago Mitre a choisi d’associer la fiction et des éléments d’archives dans son scénario.

Il a réalisé de nombreux entretiens avec des militants de l’ UBA (Université de Buenos Aires) et l’histoire sur laquelle il s’était engagé s’est bientôt transformée en investigation politique.

A partir d’une hypothèse narrative classique, l’ascension politique d’un personnage au départ très éloigné du domaine du militantisme, il a tenté de trouver, dans la réalité, les éléments qui lui permettaient d’élaborer un récit vraisemblable.

Tout au long des sept mois de tournage, beaucoup d’événements nouveaux sont survenus en Argentine. Pour la première fois depuis le retour à la démocratie, un étudiant était assassiné, le Président Nestor Kirchner décédait et le pays allait traverser une série de conflits politiques notoires.

Le film de Santiago Mitre devait-il prendre en compte ces événements et voir pour autant se modifier le scénario initial. Le choix a été de n’apporter aucun changement.

Cependant "El estudiante" rend compte des manifestations qui ont fait suite aux obsèques de l’étudiant Mariano Ferreyra et de la cérémonie des funérailles de Kirchner, en y intégrant les personnages du film.

Roque, quoique peu rodé aux pratiques militantes, est un personnage dont l’intelligence et la vivacité d’esprit lui permettent de comprendre très vite le mécanisme du monde nouveau qui l’entoure.

Il s’agit d’un personnage charismatique qui semble disposer d’une sorte d’auto-protection naturelle, d’une force instinctive qui, même dans l’errance, lui fait trouver le bon chemin, celui qui lui permettra d’apprendre et de progresser.

Au départ, il apparaît comme un séducteur né ayant un rapport compulsif aux femmes et c’est d’ailleurs par elles qu’il va transformer le désir amoureux qui l’habite en désir politique.

Le film, à travers son personnage, décrit cette intimité de la politique où les liens émotionnels prennent toute leur mesure.

L’intime et le politique occupent le même espace.

Même si, avec l’utilisation d’une voix off qui renvoie au cinéma politique des années 60 et 70, Santiago Mitre choisit de prendre de la distance par rapport au personnage central du récit, c’est sur Roque et sur Esteban Lamothe, son interprète, que le film repose.

Le charme indéfinissable, voire insaisissable, du comédien apporte une sorte de trouble au déroulement de l’histoire.

On sait que Roque n’est pas dupe des manipulations souterraines des uns et des autres pour posséder le pouvoir. Le regard aigu qu’il porte sur les tractations en sous-main le prépare à la décision qu’il devra prendre au final.

Un film efficace qui doit beaucoup à son interprète.

Francis Dubois

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