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Un film de Paula Markovitch (Argentine-Mexique-France)

« El premio » Sortie en salles le 27 mars 2013

A la suite d’un drame lié à la situation politique du pays (l’Argentine sous la dictature militaire), Cécilia sept ans et sa mère, une jeune femme d’une trentaine d’années, se sont réfugiées dans une cabane isolée au bord de la mer, fouettée par tous le vents et qui, en d’autres temps, servait de buvette de plage.

L’une et l’autre portent un lourd secret et vivent dans la peur de commettre une erreur qui pourrait leur être fatale. Pourtant, il faudra bien inscrire Cécilia à l’école du village voisin et fournir les papiers administratifs nécessaires.

Cécilia, même si elle a vaguement conscience de la situation, va se mettre en danger le jour où l’armée demande aux jeunes écoliers de rédiger une lettre à la gloire des militaires.

Contrainte par sa mère d’écrire le contraire de ce qui touche à ses convictions profondes d’enfant, elle remporte le premier prix et doit se rendre à une manifestation organisée par l’armée, pour y recevoir sa récompense.

En 1968, la réalisatrice Paula Markovitch alors âgée de huit ans est obligée de quitter Buenos- Aires avec sa mère pour trouver refuge à proximité de San Clémente, dans les mêmes paysages balayés par les vents.

C’est là qu’elle a choisi de tourner son premier long métrage dont le récit largement auto biographique se situe au cœur de la dictature militaire qui pesait alors sur l’Argentine.

La mère et la fille ont trouvé un refuge provisoire dans une cabane abandonnée offerte aux intempéries. Quel avenir (quel lendemain) s’offre à elles dans un monde où tout est danger jusqu’à la simple inscription de Cécilia à l’école ?

La mère passe le plus clair de son temps à parer au plus urgent : la consolidation des fenêtres face à la menace des vagues, un jour de tempête, ou remettre en état le mobilier dévasté par les eaux. Le secret qu’elle porte et qu’elle ne peut totalement partager avec Cécilia même si l’enfant a compris l’essentiel du drame qui a décimé la famille, elle le loge dans le silence et dans une attitude passive, contemplative qui est sans toute la seule façon pour elle de survivre à une situation face à laquelle, elle est impuissante.

Que peut-il se passer dans la tête d’une enfant de sept ans prise dans la tourmente historique engendrée par une dictature militaire ?

Pour quelle raison, Cécilia tient-elle tant à connaître la définition du mot "pessimiste" ? Est-ce parce qu’il figure dans le texte du télégramme dont on remet à plus tard la lecture et qui contient sans doute l’annonce de la mort de l’époux et père ?

Le film de Paula Markovitch n’est pas réaliste au sens où on pourrait l’entendre d’un point de vue historique. Inspiré de ses propres souvenirs et de sa propre réalité, la réalité purement historique passe par un prisme déformant ; mais la violence et la cruauté de l’époque sont palpables à chaque instant et aptes à se manifester de toutes sortes de manières.

En cela, le personnage de l’enfant est une réussite. Il l’est dans le « matériau psychologique » avec lequel la cinéaste l’a façonné. Il l’est dans l’interprétation fascinante de la jeune comédienne.

Le comportement de Cécilia est dans un borderline permanent. On peut y lire à la fois l’innocence de l’enfance, le refuge dans le jeu d’une instabilité ou à l’opposé, compte tenu du contexte, comme la parfaite maîtrise d’une situation et le maintien d’un équilibre toujours prêt à basculer.

« El premio » est une œuvre qui démontre à quel point les régimes totalitaires ont besoin pour exister du soutien de la société, de la complicité, fut-elle passive, de la population.

Une œuvre qui utilise des symboles comme le vent et la mer destructeurs pour dénoncer la brutalité sans limite du monde.

Un film simple dans son récit, magnifique dans ses infinis prolongements et dans sa portée symbolique.

Francis Dubois

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