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Un film de Andreï Zviaguintsev (Russie)

 "Elena" Sortie en salles le 7 mars 2012

Elena et Vladimir ne sont plus des jeunes gens. Ils se sont rencontrés dix ans auparavant. Ils sont mariés depuis peu et quoiqu’issus de milieux sociaux différents, ils forment un couple plutôt harmonieux, à la vie bien réglée.

Vladimir est un homme riche, à l’élégance naturelle, tandis que chez Elena, malgré son souci de se montrer toujours impeccable, on sent poindre la modestie et la docilité de sa condition sociale d’origine.

Chacun a un enfant d’une première union. Elena a un fils chômeur qui vit en banlieue, amateur de bière, père d’un adolescent que ses études ne passionnent pas et d’un bébé de quelques mois.

Vladimir, lui, a une fille marginale qui ne se drogue plus que pendant le week-end et qui, dans un souci d’indépendance, tient son père à distance de son existence bohème.

Le fils d’Elena qui a flairé le filon, demande à sa mère d’intercéder auprès de son mari pour qu’il prenne en charge la prochaine (et bien improbable) entrée en faculté de son fils.

Elena s’exécute, et au moment où Vladimir est sur le point de flancher, il est victime d’un accident cardiaque qui le laisse vulnérable et lui donne à réfléchir.

A l’hôpital, il reçoit sa fille. Il résulte de cette visite un coup de foudre filial tardif mais fulgurant. De retour chez lui, Vladimir annonce à Elena que sa fille sera sa principale héritière et qu’à elle, son épouse, il ne reviendra qu’une rente qui lui permettra de subsister mais surtout pas d’aider la famille de son fils. Cette révélation va réveiller chez Elena le côté sombre de son âme…

"Elena" est avant tout le magnifique portrait d’une femme toute en nuance et douceur, qui avait caché derrière une docilité et du dévouement, sa capacité à aller au fin fond de son âme pour y trouver calcul et machiavélisme.

Sa double personnalité était sans doute annoncée par la facilité avec laquelle elle pouvait passer de l’univers cossu de son couple, d’un rituel quotidien raffiné, à l’atmosphère glauque de l’appartement de son fils, à une médiocrité presque menaçante.

A posteriori, on peut se poser la question de savoir lequel avait au fond sa préférence, si les sentiments qu’elle semblait témoigner à son mari n’étaient pas que pure feinte et de pur intérêt.

Et le dénouement du récit, l’installation de son fils et de sa famille dans l’appartement de son mari, est le signe de son goût pour la médiocrité. Car dès lors qu’ils y ont pénètré, la déchéance du lieu devient inéluctable et il est peu probable qu’Elena n’en soit pas totalement consciente.

Andreï Zviaguintseya construit son récit avec clarté selon des séquences au scalpel d’où sont exclus tous débordements superflus. Il est dit, dans chacune d’entre elles, ce qui est strictement utile aux avancées de la narration et les personnages secondaires y trouvent immédiatement plus qu’un contour, les nuances de leur personnalité. Les décors et les univers très contrastés complètent les facettes du récit. La scène des retrouvailles de Vladimir et de sa fille dans la chambre de la clinique est le parfait exemple de l’efficacité narrative avec une grande économie d’éléments constructifs. Une simple boutade qui fait mouche et réinvente la complicité des deux personnages suffit à donner sa densité affective à une scène qui évite toute sensiblerie.

"Elena" a obtenu un Prix du Jury largement mérité au dernier Festival de Cannes. Un récompense qui aurait pu se doubler d’un prix d’interprétation féminine.

Francis Dubois

 

 

 

 

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