Actualité théâtrale

Jusqu’au 18 avril au Théâtre 13

"Elias Leister a disparu"

Qu’est-ce qui pousse un enfant de dix ans à quitter une famille aimante et à se réfugier dehors par une nuit glacée ? Qu’est ce qui pousse ce même Elias Leister, devenu soldat, à déserter et à s’enfoncer dans la jungle où on le retrouve plus tard entouré d’une horde d’enfants en fuite et armés jusqu’aux dents ? Six personnages racontent l’histoire d’Elias Leister et de ses disparitions à la manière d’un thriller psychanalytique et onirique.
L’auteur et metteur en scène Eudes Labrusse a construit cette histoire comme « une suite de variations impressionnistes sur l’enfance, le mystère des origines, la bâtardise et l’angoisse de ne pas savoir ». Sont ainsi au cœur du récit des questionnements sur l’adoption et ses traumatismes, sur les blessures liées au désir d’enfant contrarié, sur le grain de folie nécessaire pour décider de mettre au monde un enfant, le tout dans un contexte de rapports nord-sud plutôt violents. A la base on trouve le mythe d’Œdipe et les intuitions freudiennes qui y sont attachées.
Comme dans ses textes antérieurs, Eudes Labrusse essaie d’interroger les mythes du passé en les immergeant dans la société d’aujourd’hui. C’est dans une enquête policière menée par une femme flic en mal d’enfant qu’il nous entraîne. Mais on est loin du réalisme. Elias conserve de nombreux secrets et on reste dans un certain mystère où chacun tâtonne comme dans une psychanalyse. Chaque personnage apporte son témoignage sur ce qu’il connaît d’Elias Leister et ce faisant, s’interroge aussi sur sa propre existence et sur ses conflits intérieurs. Ce choix conduit à ne pas faire dialoguer les personnages. Chaque personnage, y compris Elias Leister, dit sa vérité face à nous. Le montage parallèle et les champs-contre-champs renvoient aux procédés cinématographiques.
Le dispositif scénique est très simple : une table qui évoque un bureau d’enquête et un mur où l’on accroche, comme dans les installations de C. Boltanski, vêtements et indices censés éclairer les différentes facettes de la personnalité énigmatique d’Elias Leister. Un piano accompagne les émotions des personnages et crée une atmosphère parfois onirique parfois un peu inquiétante. Les cinq acteurs sont tous justes, particulièrement Philipp Weissert dans le rôle d’Elias, Serpentine Teyssier dans celui de la fidèle amoureuse et Eva Castro dans ceux de la femme flic et de la vieille folle dans la jungle. Une forme originale et intrigante au service de thèmes éternels rend cette pièce très attirante.
Micheline Rousselet

Du 9 mars au 18 avril
Mardi, mercredi, vendredi à 20h30 ; jeudi et samedi à 19h30 ; le dimanche à 15h30
Théâtre 13, 103 A Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris Réservations : 01 45 88 62 22 (se recommander du Snes, Théâtre sollicité pour le partenariat "Réduc’snes")

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