Actualité théâtrale

Théâtre du Rond-Point, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 8 décembre 2013

"Elisabeth ou l’équité" Texte de Eric Reinhardt. Mise en scène de Frédéric Fisbach.

Élisabeth est DRH au siège parisien d’un énorme groupe industriel américain. Elle est chargée de négocier un plan social, de fixer le montant des indemnisations aux licenciés et de garantir aux responsables syndicaux qu’aucun autre site appartenant au groupe ne sera vendu dans les cinq années à venir.

Le responsable à New-York et le PDG français en font la promesse mais Elisabeth apprendra de source syndicale que des acheteurs allemands et chinois sont venus visiter le site protégé…

Prise entre deux feux, la jeune femme tentera de rester intègre mais, entre-temps, le suicide de deux ouvriers va venir compliquer les choses.

Elle sera mise sur la touche. On lui conseillera de se mettre en congé maladie, le temps que les esprits s’apaisent.

Trahie de toutes parts, Élisabeth va se pencher sur le vrai sens du mot "équité".

On pourrait dire du spectacle qui se donne sur le plateau de la salle Renaud-Barrault qu’il est irréprochable tant son propos est fidèle à la réalité des faits, au déroulement de ces plans sociaux qui se multiplient en ce début du vingt et unième siècle et laissent sur le flanc des milliers de personnes.

On trouve dans le récit linéaire d’Eric Reinhardt qui suit au "pied de la lettre" la trajectoire de la fermeture d’un site, le déroulement des négociations, les différentes étapes de la douloureuse aventure, le parfait écho à ce qui nous est relayé par les médias quand on n’y est pas confronté soi-même.

Mais le théâtre social trouve-t-il toute son efficacité à transmettre et sensibiliser, quand le texte restitue comme ici, tel quel, sans aucune distanciation, la vie (et la mort) d’une entreprise industrielle à l’heure de la mondialisation.

Les personnages, les situations abondent dans le sens d’une démonstration très "appliquée". Les patrons représentent les "méchants" auxquels échappent totalement les conséquences de la disparition d’une entreprise et qui ne voient, jusqu’à les citer comme des arguments, que leurs intérêts d’investisseurs. C’est fidèle à la réalité mais le théâtre n’a-t-il pas besoin de filtres, de traitements plus subtils pour que le message soit transmis sur une scène ?

Les syndicalistes et la DRH ont une perception vindicative ou nuancée des choses et du coup, vu sans recul, leur point de vue en arrive vite à côtoyer l’angélisme.

Élisabeth, la DRH devient une victime trahie par une vérité tronquée, des propos mensongers, la lâcheté de sa hiérarchie et ce n’est pas l’interprétation lisse jusque dans ses moments de révolte qu’Anne Consigny peut apporter la rugosité nécessaire au personnage.

Car tout est cohérent dans la mise en scène de Frédéric Fisbach, le traitement du texte, la direction d’acteurs, la scénographie, les décors, et l’ensemble est tellement prévisible qu’il ne reste plus au spectateur qu’à adhérer à une réalité qui se résume à une démonstration qui laisse un peu sur sa faim.

Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point, 2 bis Avenue Franklin Roosevelt 75 008 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 44 95 98 21

www.theatredurondpoint.fr

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