Actualité théâtrale

La Colline-Théâtre National, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 14 décembre 2013

"Elle brûle" Texte de Mariette Navarro Mise en scène Caroline Guiela Nguyen.

Qui est Emma Bauchin ? C’est une femme au foyer, épouse d’un médecin, mère d’une adolescente tour à tour affectueuse et rebelle. Sa vie va changer le jour où elle doit commencer à travailler comme secrétaire médicale dans le cabinet d’un collègue de son mari.

Premier dérapage : elle ne se présente pas au rendez-vous prétextant un malaise. Dès lors, la vie de la famille va se dérouler de façon de plus en plus chaotique. Mais sont-ce des événements réels qui se produisent ? Ou bien les choses qui apparaissent sont-elles vues du point de vue d’Emma dont le comportement est de plus en plus imprévisible ?

Son nouvel emploi à l’office du tourisme de la ville voisine n’est-il pas le seul fruit de son imagination ? Personne ne savait, ne pouvait imaginer, que la conciliante Emma avait des amants et qu’elle était débordée par des emprunts et des dettes qui allaient mettre la famille sur le flanc.

"Elle brûle" se passe sur deux niveaux.

Le déroulement du quotidien d’une famille ordinaire aux moments où elle est réunie, qu’annonce un décor réaliste : le petit déjeuner, le retour à la maison en fin de journée.

La famille fonctionne selon des codes dans une harmonie, des échanges affectueux que vient à peine nuancer l’attitude parfois déroutante d’Emma qui, même si elle se mêle à la bonne humeur générale, est toujours en léger décalage.

Une légère dérive du récit alimentée par le comportement imprévisible d’Emma et par la présence de trois autres personnages qui apparaissent sans identité évidente et qui précisent par moments l’ambiguïté de leur présence : le professeur de piano de l’adolescente, jeune homme poli et discret qui deviendra l’amant d’Emma alors que rien ne l’y prédisposait. L’homme à tout faire de la maison, confident de la fillette, qui n’a peut-être pas toute sa raison et la grand-mère qui s’exprime dans une langue étrangère et fait dans l’appartement, de ponctuelles apparitions.

Ce qui survient en rupture avec la normalité surprend toujours, déroute, inquiète qu’on ne peut s’empêcher de le voir comme un mauvais présage, un danger qui planerait au-dessus de cette famille.

Petit à petit, l’ambiguïté prend le pas sur le déroulement du quotidien et même le personnage du père, jovial et blagueur, est contaminé. Ce n’est pas un hasard, non plus, si le personnage de la fillette est interprété par une comédienne qui a peut-être l’âge du rôle, peut-être plus, et qui dérange par les manifestations contrastées entre allant du grand bébé à l’adolescente mature.

Le sujet de la pièce a été inspiré à la compagnie "Les hommes approximatifs" par un fait divers. Celui d’une femme qui s’est suicidée après avoir amené sa famille à la faillite à force d’endettements. Un fait divers qui renvoie à d’autres affaires comme l’affaire Romand et qui repose à la fois sur la famille et sur un mensonge de départ qui amplifie ses effets avec le temps.

Le fait de mêler l’imaginaire jusqu’au fantastique, au déroulement d’une vie toute ordinaire, en même temps qu’il contourne le piège du récit linéaire, produit un effet de malaise, d’inconfort qui met le spectateur sur le qui-vive et l’entretient dans une curiosité constante.

Francis Dubois

La Colline Théâtre National, 15 rue Malte-Brun, Paris 20ème.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 44 62 52 52

www.colline.fr

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