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Un film de Jeanne Herry (France)

"Elle l’adore" Sortie en salles le 24 septembre 2014.

Muriel est une esthéticienne de quarante-cinq ans, mère de famille par intermittence, mais peut-être avant toute chose, est-elle une "fan".

C’est une des admiratrices les plus assidues et les plus fidèles de Vincent Lacroix, un chanteur de variétés au sommet de sa gloire.

Muriel est un peu menteuse, un peu fabulatrice. Elle raconte (même à ses enfants) de drôles d’histoires qui pourraient être vraies mais qui pourraient tout autant provenir d’un imaginaire fertile et frustré.

Elle a fini par se faire connaître de son idole avec des envois de lettres et des rencontres au sortir d’un concert ou d’une émission télévisée.

Le nom de Muriel lui est assez familier pour qu’une nuit, Vincent Lacroix aille sonner à sa porte et lui demande de lui venir en aide.

La mission dont il la charge est d’amener le corps de sa compagne (accidentellement assommée par une "Victoire de la Musique" en bronze, tombée d’une étagère !) jusque chez sa sœur en Suisse, laquelle dirige une entreprise d’incinération d’animaux…

Mais arrivée au poste frontière, le zèle dont font preuve les policiers l’obligent à changer de plan. Au lieu de la Suisse, elle ira enterrer la jeune femme dans un bois du Périgord qu’elle connaît bien puisqu’il se situe à proximité du village où elle a vécu enfant et où vit encore sa mère.

Quand le corps sera découvert et que l’étau se resserrera sur les deux protagonistes, lequel sera le plus fidèle à l’autre, le chanteur reconnaissant à son admiratrice d’avoir pris des risques pour lui ou la fan quoiqu’il en soit, fidèle à son idole ?

Pour Jeanne Herry qui est la fille de Julien Clerc, les "fans" sont une engeance qu’elle connaît certainement très bien pour en avoir côtoyés dans l’environnement professionnel paternel.

Elle sait jusqu’où peut aller l’admiration pour son idole d’un homme ou d’une femme sous l’emprise de cet aveugle débordement.

La bonne idée a été de construire son récit autour de cette "déviation" et de renverser légèrement les rôles en jouant sur la banalité des gens connus et sur l’originalité imaginative des gens banals.

La réalisatrice conduit son récit de main ferme sans jamais tomber dans le cliché, réduisant l’univers de la "vedette " adulée à un quotidien ordinaire et l’admiration sans limite de la "fan", à un dévouement en dehors de toute démonstration excessive ou hystérique.

La notoriété de Vincent Lacroix ne lui interdit pas d’aller boire en toute tranquillité son café dans le bistrot voisin et Muriel ne profitera jamais de la situation où le chanteur lui est redevable, pour l’approcher plus intimement, ne fut-ce qu’amicalement.

Là où Jeanne Herry aurait pu forcer le trait, saisir l’opportunité de situations drôles, elle reste dans une sobriété narrative toute à son avantage.

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Elle inclut bientôt à son récit un couple homme-femme de policiers en chamaille amoureuse, sans rien laisser supposer de l’utilisation qu’elle en fera.

Elle laisse avancer l’enquête, se resserrer l’étau autour des deux protagonistes, permet au passage, à Sandrine Kiberlain de donner une séquence de commissariat d’une grande drôlerie et choisit, pour clore le film une pirouette savoureuse.

Jeanne Herry qui fut élève comédienne au Conservatoire national de Paris, après avoir été autrefois présente au générique de " Milou en Mai " de Louis Malle et dans plusieurs téléfilms ou série auprès de Miou-Miou, avait réalisé en 2010 un court métrage remarqué.

"Elle l’adore " est son premier long. C’est un coup de maître. On peut dès lors annoncer, sans risque de se tromper, le nom de Jeanne Herry parmi ceux des jeunes réalisateurs français de grand talent.

Courrez-y !

Francis Dubois

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