Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Comment écrire sur un écrivain ?

"Elmore Leonard, auteur américain"

Elmore Leonard (1925 – 2013) est l’un des grands auteurs de ces romans « noirs » ou « polars » qui marquent le 20e siècle de leurs pointes acérées. Il a trouvé son style, - et ce ne fut pas en un un jour – et il est devenu Elmore Leonard, « Dutch » pour tout le monde. Il a fallu qu’il comprenne l’art de l’épuration, de la simplicité pour accéder au rang de « maître à écrire ». Il fait avancer l’histoire par des dialogues qui dressent la silhouette des personnages. Il donne l’impression du langage parlé, particulièrement celui de sa ville d’origine, Detroit, soumise aux restructurations dues à la crise de l’automobile. Dés la récession de 1980-82, elle se délite par les fermetures d’entreprises, le chômage massif, l’appauvrissement de ces citadins. Dans le même temps, des quartiers entiers sont laissés pour compte où la nature « reprend ses droits ». Pour résister la ville s’endette…pour arriver à la faillite d’aujourd’hui et une volonté de re construction en détruisant les anciens quartiers. Dommage que « Dutch » nous ait quitté, il aurait trouvé là, avec son compère essentiel Gregg Sutter, qualifié de documentaliste, de quoi nourrir ses intrigues.

Laurent Chalumeau, écrivain et scénariste, fan de l’Elmore a voulu lui rendre sa place sous la forme de cette vraie-fausse biographie, fausse-vraie interview des deux compères – Elmore et Gregg – vrai-faux style décontracté, bref à l’image des chefs d’œuvre de cet écrivain culte. La vie de Dutch, jalonnée d’alcool puis de réunions aux Alcooliques Anonymes, est esquissée et l’analyse des romans crayonnée. Comme si l’auteur de cet « Elmore Leonard, un maître à écrire » n’avait pas voulu – de trop – livrer ses secrets d’écriture. De ce fait, il en rajoute. A coups de parenthèses, de jeux de mots, d’ironie, il se met à distance. Il ne permet pas d’entrer ni dans l’univers de Leonard ni dans le sien. Les interviews de fin font l’effet, par leur retranscription brute, d’une sorte de radotage d’un vieux monsieur qui a du mal à trouver ses idées, à se souvenir même des livres qu’il a écrits ou qui n’a pas envie d’en parler. Je ne sais ce que ça donne à l’écran – une commande de Canal + si j’ai compris – mais écrit, à plat sans la présence de l’auteur, ça laisse rêveur et sur sa faim. Il faut dire que le questionneur, Laurent Chalumeau, fait sa propre autocritique en présentant cet entretien...

Laurent Chalumeau réussit, au bout d’un moment, à dessiner l’écrivain en expliquant les jalons de la construction d’un auteur mais, à force de vouloir construire un style qui n’en pas un, il fatigue le lecteur. Comme il existe peu de livres sur Elmore Leonard, qu’il n’est pas, en France, reconnu à sa juste valeur, qu’il arrive que certains traductions passent à côté du sujet, il faut lire ce livre. Pour lire Elmore Leonard, pour le comprendre et prendre ce plaisir de la lecture qui échappe à beaucoup d’auteurs.

Nicolas Béniès

« Elmore Leonard, un maître à écrire », Laurent Chalumeau,
Rivages/Ecrits Noirs.
La quasi-totalité des romans de Leonard sont disponibles chez Rivages/Noirs.
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