Actualité théâtrale

A partir du 6 février au théâtre de la Renaissance

« En attendant Bojangles » reprise

Nous avions vu cette pièce en janvier 2018 à la Pépinière Théâtre et voici notre critique d’alors :

Un homme et une femme, petite étole blanche glissée des épaules sur la tête, se font une promesse « j’aimerai tout ce que vous serez ». Tout le parcours de ce couple hors norme sera à l’image de cette promesse, sous les yeux émerveillés de leur petit garçon. Le père écrit un roman, la mère est joyeuse et fantasque. Leur vie aussi est un roman, empli d’histoires et de fêtes où ils dansent, entourés d’amis, dont le Sénateur qu’ils ont ironiquement baptisé « l’ordure ». Ils aiment la chanson Mr Bojangles de Nina Simone qui rythmera l’enfance de leur fils. Tout comme leur oiseau baptisé Mademoiselle Superfétatoire, il les suit partout. Sa mère est fâchée avec les normes. Elle oppose à la maîtresse « l’équilibre esthétique » de son petit garçon, qu’elle ne peut mettre en cause en lui faisant rater la période où les amandiers sont en fleurs en Espagne, au prétexte que cela ne coïncide pas avec les vacances scolaires ! Et l’enfant apprend vite « à mentir à l’envers à l’école » pour ne pas créer de problèmes, jusqu’au moment où sa mère ira trop loin et où le père et le fils feront tout pour que la fête continue.

Victoire Berger-Perrin a adapté et mis en scène ce premier roman d’Olivier Bourdeaut, qui dès sa sortie en 2016 a connu un grand succès. Elle a réussi à garder le ton élégant et joyeux de cette histoire d’amour fou, vue par les yeux d’un petit garçon émerveillé. Le bruit de la machine à écrire, le caquètement en sourdine de la grue, les musiques à danser accompagnent délicatement le texte. Les dialogues s’enchaînent à un rythme rapide. La scénographie est sobre laissant toute la place au texte, empli d’humour et d’une sensibilité raffinée. On se laisse emporter par la douce folie de cette famille capable de passer lors d’un enterrement des larmes au rire devant la calvitie du curé qui n’a plus « qu’une antenne de cheveux qui lui permet de rester en contact avec Dieu » et encore « avec le vent il ne doit plus parvenir à capter le message divin » !

Les trois acteurs sont formidables, excellant à passer de l’émotion au rire. Didier Brice, grand et élégant incarne un mari follement amoureux et un père chaleureux, aimant et rassurant, qui redouble d’inventivité pour rester en phase avec l’humeur de sa femme tout en préservant un peu de rationalité dans la famille.Victor Boulenger, pantalon court, bretelles et nœud papillon joue le petit garçon d’une façon époustouflante. Il est cet enfant éperdu d’amour pour sa mère, dont il adore la folie et les extravagances. Sa présence sur la scène, observant et admirant sans réserve ses parents, est forte même quand il ne parle pas. Anne Charrier enfin est la mère, originale, imprévisible, femme-enfant séduisante, capable des initiatives les plus insolites et réussissant à entraîner tout son monde dans un tourbillon de fantaisie folle. Elle est irrésistible.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 14h30

Théâtre de la Renaissance
20 boulevard Sain martin - Paris 10°
01 42 08 18 50

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